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André Balleux : Université de Sherbrooke
Comme d'autres travailleurs qui changent de métier, beaucoup d'enseignants de formation professionnelle considèrent leur entrée en enseignement comme un hasard qui les fait sortir de leur voie initiale, un accident de parcours, « soudain, non prévu et souvent irréversible » (Martucelli, 2006, p. 21). Cette transition entre métier et enseignement est jalonnée de toutes sortes d'événements qui constituent des repères dans le parcours et sont des moments fondateurs, éprouvants dans l'instant, mais reconnus plus tard comme ayant contribué significativement à la transformation identitaire.
Quel que soit l'angle sous lequel on l'aborde, la notion d'épreuve exprime toujours une tension (Barrère, 2003; Martucelli, 2006; Thévenot, 2011) et la résolution ou non de contraintes entre l'individu et son nouvel horizon. Au sortir de ces épreuves, « moments éprouvants de doute au contact d'une réalité » (Thévenot, 2011, p.3), ces événements s'inscrivent parfois comme des continuités, des poursuites dans la lignée du parcours ou encore comme des ruptures, en décalage avec le passé, montrant bien qu'ils sont le siège d'enjeux et de défis au nom de sa fidélité à soi. Fait rassurant et hautement significatif, au-delà des épreuves, une nouvelle cohérence du parcours s'installe. Pour cette communication, nous retiendrons des événements significatifs de la transition en nous attardant à la manière dont ces enseignants débutants peuvent résoudre leurs tensions et sortent transformés de l'épreuve.
L’entrée dans la profession est une étape cruciale de la carrière enseignante (Gold, 1996; Cattonar, 2008), déterminante pour l’amorce des premières années et le maintien dans la profession (COFPE, 2002; Huberman, 1989). C’est le cas des enseignants débutants en formation professionnelle, bien que pour ceux-ci, l’entrée en enseignement prend une coloration particulière. En effet, à mesure des disponibilités, ils intègrent les postes vacants tout en conservant, dans une grande majorité des cas, un lien d’emploi avec leur métier (COFPE, 1998). Cette période d’entrée en enseignement est complexifiée par l’admission à un baccalauréat obligatoire en enseignement professionnel de 120 crédits, lequel est suivi en cours d’emploi.
Mais ce qui distingue radicalement cette entrée en enseignement de celles des autres enseignants, c’est la transition entre l’exercice du métier initial et l’enseignement. Vécue souvent avec difficulté, cette transition est au cœur de nombreux enjeux dont l’objet est une tension entre une identité du métier et une identité d’enseignant, entre le refuge d’un métier maîtrisé et la découverte aventureuse d’un enseignement à maîtriser (Balleux, 2008). Cette tension s’exprime au cœur d’une lente transformation qui voit se changer une conception de l’enseignement marquée par le métier par une conception de l’enseignement façonnée par la « pédagogie systématique » (Achtenhagen et Grubb, 2001), un rapport au savoir d’apprenant à celui d’enseignant et qui s’exprime dans une dynamique plus profonde qui touche le passage d’une identité de travailleur à une identité d’enseignant (Balleux, 2008). C’est donc sous la triple lentille des changements qui s’opèrent au niveau du rapport au savoir, des conceptions de l’enseignement et de l’identité qu’est abordée ici cette transition. Enfin, on voit que là comme ailleurs, un dispositif d’accompagnement est crucial pour la réussite de cette insertion.