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Loïc Le Pape : Centre national de la recherche scientifique
La communication proposée vise à explorer et à questionner le fonctionnent d'une institution religieuse dans sa capacité à faire communauté, c'est-à-dire à former et façonner des croyants. Dans le cadre de cette communication, nous prendrons comme entrée l'église catholique et ses activités de formation à destination des adultes souhaitant se convertir en demandant le baptême catholique.
Nous verrons d'abord le dispositif par lequel l'église organise cette formation et notamment quelles sont les personnes chargées d'enseigner la catéchèse. Nous verrons ensuite le travail de l'église sur les convertis : quelles sont les attitudes et comportements attendus, comment sont jugés les convertis dans leurs capacités à s'intégrer à un communauté. Enfin nous analyserons la tension intrinsèque de la formation dans l'église : façonner une expérience singulière et intime afin de construire un collectif, une communauté. En effet, le rôle de l'église est d'asseoir et d'ancrer une communauté, ce qui l'oblige à transformer les affects individuels, les parcours singuliers et les émotions personnelles en croyances universelles. Si les conversions actuelles comportent une forte dimension émotionnelle et personnelle, pour « faire communauté », l'église doit imposer du banal et de l'universel.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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