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Matthieu Paré : Université de Sherbrooke
Les jeunes de la rue sont reconnus comme ayant une identité fragile et un concept de soi plutôt négatif. Leur adaptation passe, entre autres, par le développement d'un sentiment identitaire et celui-ci pourrait être favorisé par diverses interventions, notamment, par celles touchant les arts. Nous souhaitons donc répondre à la question de recherche générale suivante : comment contribuer au développement du concept de soi des jeunes de la rue? Pour répondre à cette question, un cadre conceptuel double est utilisé, soit le modèle du concept de soi de l'Écuyer (1990) concernant le sentiment identitaire et l'art comme moyen d'intervention à partir des écrits de Vygotsky (1971). La présente étude a pour objectif général de décrire la façon dont l'intervention musicale menée dans le cadre du projet Artifice agit sur le concept de soi, du point de vue des jeunes et de l'équipe d'intervention dans la visée d'augmenter la résilience des jeunes de la rue. Nous appuyant sur le modèle de l'Écuyer (1990), nous focaliserons notre attention sur les structures Soi personnel (SP), Soi social (SS) et Soi-non-soi (SNS). L'étude est de nature qualitative et descriptive. L'investigation se fait par questionnaires d'entrevues semi-ouvertes (basés sur le modèle du concept de soi, elle est réalisée auprès des jeunes de la rue, des intervenants leur venant en aide) et par un journal de bord d'intervention.
La recherche sur la résilience a connu un développement remarquable, comme en témoignent les nombreuses publications dans le domaine. À l’opposé des modèles traditionnels d’intervention basés sur la pathologie, mettant l’accent sur les déficits et les problèmes d’adaptation, la résilience s’appuie sur les forces et permet le développement de stratégies construites sur les capacités existantes (Wagnild, 2009). Le concept de résilience connaît un si grand succès international qu’il devient nécessaire d’en préciser le contenu afin d’en faire un outil de pensée et de pratique (Cyrulnik, 2012).
La complexité du concept de résilience fait que sa compréhension ne peut aboutir qu’en adoptant une perspective intégrative, qui tient compte des résultats de recherches menées dans le cadre de perspectives théoriques différentes : psychanalytique, développementale, cognitiviste, psychosociale, psychobiologique, ethnologique et écosystémique (Ionescu, 2006).
Sur le plan clinique, dès le début des années 1990, de plus en plus de chercheurs s’efforcent d’élaborer des instruments (échelles, questionnaires, inventaires) destinés à évaluer la résilience (Ionescu et Jourdan-Ionescu, 2011). Différentes formes de résilience peuvent être évaluées : individuelle (Jourdan-Ionescu et Julien-Gauthier, 2010), familiale (McCubbin et McCubbin, 1988), scolaire (Wang, Haertal et Walberg, 1994), professionnelle (Waterman, Waterman et Collard, 1994), etc.
Le processus de résilience, étudié dans des situations très diverses (à caractère traumatisant ou d’adversité chronique) et bâti à partir de caractéristiques individuelles, familiales et environnementales constitue la résilience naturelle (Ionescu, 2011).
L’impact du concept de résilience sur la pratique connaît un grand essor, notamment avec l’émergence du concept de « résilience assistée » (Ionescu, 2011). L’intervention de résilience assistée vise à développer et consolider la résilience d’une personne, il s’agit d’une intervention de type maïeutique, où le caractère souvent directif, contraignant, intrusif même des interventions classiques est remplacé par un véritable accompagnement qui, en facilitant l’actualisation des compétences de la personne et leur utilisation pour faire face à l’adversité, façonne la résilience (Ionescu, 2010).
Ce colloque multidisciplinaire regroupe des chercheurs nationaux et internationaux, des secteurs de l’éducation, de la psychologie et de la réadaptation qui présenteront leur conception de la résilience pour un public de chercheurs, de professionnels et d’étudiants. Véritable sommet sur la question, il permettra de discuter les résultats de recherches scientifiques au sujet : des concepts de résilience et de résilience assistée; des différents contextes d’étude de la résilience; des types d’évaluation de la résilience; des implications de la résilience dans les pratiques professionnelles.