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Jason Sparkes : Université de Montréal
La conversion à l'islam par un Occidental représente forcément un repositionnement épistémique à contre-courant de la pensée européocentrique moderne dominante. Elle place l'individu en périphérie de l'ordre mondial moderne et colonial, favorisant par ce fait même un positionnement critique et décolonial. Cette communication aura pour objectif d'explorer les aspects décoloniaux de la conversion à l'islam par des Occidentaux. Tout d'abord, il y aura un résumé de la contribution de Ramón Grosfoguel (UC Berkeley), qui démontre comment l'ordre mondial européocentrique et colonial est légitimé par une épistémologie raciste. Ensuite, il sera question de la comparaison, selon Grosfoguel, des approches postmodernes, postcoloniales et décoloniales. Tandis que les deux premières sont des critiques européocentriques de l'européocentrisme, le décolonialisme considère les épistémologies périphériques comme sources de connaissances plutôt que comme simples objets de connaissances. Enfin, la conversion à l'islam en milieu occidental sera considérée comme acte de décolonialisme épistémique. Cette réflexion sera entreprise à l'aide de citations de convertis musulmans occidentaux forts critiques de l'ordre mondial européocentrique, comme le Français René Guénon (m 1951) et l'Américain Malcolm X (m 1965).
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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