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La conversion dans le christianisme ancien : le tournant monastique

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Fabrizio Vecoli : Université de Montréal

Résumé de la communication

Si l'on en croit les historiens du christianisme et du monde classique gréco romain, la notion de « conversion » telle qu'on l'entend généralement aujourd'hui dans le monde occidental contemporain aurait connu son essor avec le christianisme ancien. En effet, elle serait inévitablement liée à la proclamation d'une vérité à la fois universelle et exclusive, capable de procurer le salut à celui qui y adhèrerait. Les savants se sont penchés à plusieurs reprises sur les aspects de nouveauté de ce phénomène et sur les problèmes culturels et sociaux que celui-ci engendrait.

Ma contribution vise à présenter et analyser des récits de conversion émanant des milieux monastiques du IVème siècle. L'intérêt de ces documents vient du fait qu'ils appartiennent à une période charnière dans l'histoire du christianisme : de religion clandestine où « conversion » signifiait sortie de son propre milieu (social et culturel) et entrée dans une nouvelle communauté (illégale et souvent persécutée), le christianisme d'après Constantin (c'est-à-dire après l'édit de Milan en 313) devient un culte publique destiné à devenir rapidement l'institution religieuse officielle de l'empire. Que devient le processus de conversion et quel est son impact dans un contexte où s'affirme progressivement une homogénéité religieuse qui fait bientôt coïncider le païen avec l'étranger?

Résumé du colloque

Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?

Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
section icon Date : 7 mai 2013

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