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Benoît Guimont : Université Laval
Dans la mesure où la pratique actuelle de la philosophie se manifeste essentiellement par l'activité de recherche universitaire, un questionnement sur les spécificités de la recherche philosophique peut s'avérer un exercice de grand intérêt pour quiconque voudrait cerner non pas les grands thèmes de la philosophie contemporaine, mais les contours plus précis de ses pratiques. Telle sera donc la question qui orientera la présente communication.
L'approche adoptée sera celle de l'étude d'une œuvre philosophique du corpus classique en tant qu'elle représente un modèle de recherche philosophique. Ce qui sera visé est le repérage de certaines opérations de pensée caractéristiques d'une authentique recherche philosophique. Ainsi, à travers l'étude rapide de quelques éléments du Traité de la nature humaine de David Hume, nous tenterons de montrer que la recherche philosophique ne peut être envisagée comme la découverte de vérités ou de significations qui lui préexisteraient, mais qu'elle implique certains gestes d'invention qui lui donnent un statut particulier quant à sa position face à ce que nous pouvons appeler la réalité. La communication elle-même se veut être un extrait d'une recherche philosophique. Ainsi chercherons-nous à communiquer une idée autant qu'à l'exprimer.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.