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Emmanuelle Marceau : Unité de soutien SSA Québec
La reconnaissance s'impose comme la condition sin qua none d'une intervention de qualité en éthique. Cette notion fait l'objet de nombreuses réflexions philosophiques, en plus de se retrouver au coeur de plusieurs publications. Afin d'en démontrer l'importance pour toute intervention en éthique, nous aborderons cette notion en trois temps. D'abord, nous étudierons la reconnaissance à un niveau personnel, soit celui de l'intervenant(e). Dans cette perspective, la reconnaissance génère l'identité intérieure et permet ultimement à l'intervent(e) d'entretenir une relation de qualité avec autrui. La reconnaissance s'appuie sur la recherche de l'idéal d'authenticité, la découverte et l'affirmation de soi (Taylor, 1992). Elle demeure fondatrice de l'identité de l'intervenant(e). Ensuite, la reconnaissance joue un rôle indéniable entre l'intervenant(e) et autrui. Elle s'articule dans des « liens d'estime symétrique » (Honneth, 1992). Chaque personne devient ainsi précieuse dans la relation, puisqu'elle est reconnue selon ses qualités et ses capacités. L'intervenant(e) peut alors chercher à augmenter la « capacisation » des acteurs (Genard). Enfin, la reconnaissance au niveau institutionnelle et sociale consacre une légitimité à la parole et à l'action de l'intervenant(e). Elle fournit un cadre pour accueillir l'intervenant(e), son savoir et son expertise. À cette fin, il nous apparaît prépondérant de conserver des lieux de réflexion afin de co-construire une pratique durable.
L’espace sociopolitique se transforme au gré d’une démocratisation constante des structures sociopolitiques et de l’identification des fractures entre les attentes normatives de la société civile, des particuliers, et des instances institutionnelles. Pour y remédier, l’éthique est souvent convoquée en tant qu’« outil de réparation du lien social ». Alors que les structures démocratiques (au sein de l’espace politique, organisationnel, social, etc.) sont traitées à partir de ces transformations majeures que sont l’individualisation, l’ébranlement des relations sociales, la crise des normes, etc., le rôle de l’éthique n’est pas interrogé pour lui-même, pas plus que celui de l’intervenant en éthique.
D’ailleurs, la fonction de celui-ci prête souvent à confusion, comme peuvent aisément en témoigner ceux et celles conduisant de telles interventions. Les attentes à son égard sont multiples selon les acteurs organisationnels, politiques, etc. – employés, employeurs, politiques, société civile, etc. – auxquels il s’adresse. En réalité, la difficulté de l’intervention en éthique est qu’elle se situe toujours à l’intersection d’attentes normatives assez distinctes voire contradictoires alors que la fonction même de l’intervenant en éthique n’est pas institutionnalisée en tant que telle et ne renvoie pas à une assise professionnelle clairement définie. Cela n’empêche pas que les « consultants » en éthique se font plus nombreux et que des formations universitaires en éthique permettent à certains et certaines de prétendre à une forme d’expertise en la matière.
Ce colloque aura donc pour objectif d’échafauder les jalons d’une réflexion philosophique, éthique et critique sur l’intervenant en éthique : quel rôle devrait être le sien ? De quelle légitimité peut-il se réclamer ? Comment se conçoit son identité d’action ? S’apparente-t-il à la figure de l’expert, du praticien-réflexif, de l’accompagnateur ? Ce sont quelques-unes des questions qui seront abordées lors de ce colloque.
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