Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Isabelle F.-Dufour : Université Laval
D'abord définie comme une capacité de l'individu à poursuivre un développement normal en dépit d'événements traumatiques (Manciaux et coll., 2001) et comme une « force intérieure » des individus, on a progressivement constaté que la résilience était également fortement tributaire de la nature des interactions de l'individu avec son environnement (Rutter, 1998). Lorsque transposée au champ sociojudiciaire, l'étude de la résilience porte sur la capacité de certains individus, en lien étroit avec leur environnement, de parvenir à cesser de commettre des délits (Born et coll., 1997, 2001). On y réfère alors comme étant l'étude du désistement du crime.
Jusqu'à ce jour, deux explications théoriques du désistement s'opposaient. L'une statuait que le désistement était induit par la structure (principalement par le biais de l'accès au travail et la formation d'un couple) alors que l'autre l'attribuait à une décision stratégique prise par l'agent. Considérant l'impasse théorique créée par ces deux positions opposées, une nouvelle étude sur le désistement a été entreprise pour identifier clairement les rôles structurel, relationnel et agentiel dans ce processus. Guidée par l'approche morphogénique d'Archer (1995, 2000, 2002) cette étude a montré qu'il y a trois processus distincts du désistement du crime. Cela permet d'offrir une toute première théorisation intégrative du désistement du crime qui tient compte des apports importants des modèles explicatifs antérieurs.
La recherche sur la résilience a connu un développement remarquable, comme en témoignent les nombreuses publications dans le domaine. À l’opposé des modèles traditionnels d’intervention basés sur la pathologie, mettant l’accent sur les déficits et les problèmes d’adaptation, la résilience s’appuie sur les forces et permet le développement de stratégies construites sur les capacités existantes (Wagnild, 2009). Le concept de résilience connaît un si grand succès international qu’il devient nécessaire d’en préciser le contenu afin d’en faire un outil de pensée et de pratique (Cyrulnik, 2012).
La complexité du concept de résilience fait que sa compréhension ne peut aboutir qu’en adoptant une perspective intégrative, qui tient compte des résultats de recherches menées dans le cadre de perspectives théoriques différentes : psychanalytique, développementale, cognitiviste, psychosociale, psychobiologique, ethnologique et écosystémique (Ionescu, 2006).
Sur le plan clinique, dès le début des années 1990, de plus en plus de chercheurs s’efforcent d’élaborer des instruments (échelles, questionnaires, inventaires) destinés à évaluer la résilience (Ionescu et Jourdan-Ionescu, 2011). Différentes formes de résilience peuvent être évaluées : individuelle (Jourdan-Ionescu et Julien-Gauthier, 2010), familiale (McCubbin et McCubbin, 1988), scolaire (Wang, Haertal et Walberg, 1994), professionnelle (Waterman, Waterman et Collard, 1994), etc.
Le processus de résilience, étudié dans des situations très diverses (à caractère traumatisant ou d’adversité chronique) et bâti à partir de caractéristiques individuelles, familiales et environnementales constitue la résilience naturelle (Ionescu, 2011).
L’impact du concept de résilience sur la pratique connaît un grand essor, notamment avec l’émergence du concept de « résilience assistée » (Ionescu, 2011). L’intervention de résilience assistée vise à développer et consolider la résilience d’une personne, il s’agit d’une intervention de type maïeutique, où le caractère souvent directif, contraignant, intrusif même des interventions classiques est remplacé par un véritable accompagnement qui, en facilitant l’actualisation des compétences de la personne et leur utilisation pour faire face à l’adversité, façonne la résilience (Ionescu, 2010).
Ce colloque multidisciplinaire regroupe des chercheurs nationaux et internationaux, des secteurs de l’éducation, de la psychologie et de la réadaptation qui présenteront leur conception de la résilience pour un public de chercheurs, de professionnels et d’étudiants. Véritable sommet sur la question, il permettra de discuter les résultats de recherches scientifiques au sujet : des concepts de résilience et de résilience assistée; des différents contextes d’étude de la résilience; des types d’évaluation de la résilience; des implications de la résilience dans les pratiques professionnelles.
Thème du colloque :