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Serge Lacasse : Université Laval
L'analyse musicale traditionnelle s'est très majoritairement concentrée sur les aspects abstraits de la musique : la mélodie, le texte, l'harmonie, la forme. Cette forme d'impérialisme épistémologique s'est notamment exercée au détriment des aspects plus concrets de la pratique musicale, en particulier lorsqu'ils impliquent l'exposition du corps. Dans la lignée de penseurs comme Richard Shusterman, Michel Onfray ou Niegel Spivey, cette communication propose une approche « post-humaniste » de l'étude de la voix chantée populaire, soit une approche fondée sur un retour à notre « animalité », à notre condition biologique, de façon à revaloriser, dans la recherche d'un équilibre esthétique, les aspects organiques de la musique. Traditionnellement, ces aspects ont été soit (au mieux), évacués du discours musicologique, soit (au pire) dénigrés à la faveur d'aspects considérés comme plus « nobles », « complexes » ou relevant véritablement du « grand art ». En me concentrant sur un ensemble de traits vocaux souvent associés aux notions de « bruit », de « parasite », voire de « pathologie » (déglutition, humectation, voix rauque, soufflée, craquée, etc.), j'illustrerai, par l'analyse de différents extraits (notamment à partir de spectrogrammes), la portée esthétique potentielle de tels effets, afin de redonner toute sa place au caractère organique de la musique; ou, comme le souhaitait Barthes, afin de réentendre « le corps dans la voix qui chante ».
Le cri et le chant constituent les extrêmes d’un continuum sonore qui, dans ses innombrables déclinaisons, donne voie à l’expressivité humaine. Les degrés progressifs de la formalisation entre cri et chant ne correspondent pas forcément à des niveaux plus ou moins complexes de signification, ni à une forme plus ou moins accomplie d’Art. Entre une expression instinctive comme le cri et un acte linguistique (un énoncé), on retrouve une volonté commune de véhiculer un message à travers la voix.
Le champ d’action de la voix est vaste et toute manifestation (cri, rire, soupir, prosodie, contour mélodique, chant) contribue à alimenter des échanges sociaux, affectifs, sexuels, au sein d’une communauté. Il y a pour autant diverses raisons à faire de la voix l’objet privilégié d’une réflexion plurielle. Les études de cas proposées lors de ce colloque ont pour but d’analyser les formes primordiales d’expressivité vocale (appelées par Lacasse « modificateurs ») dont les professionnels de la voix, notamment les chanteurs, se servent lors de leurs productions artistiques pour véhiculer des émotions. Ce colloque souhaite amener une réflexion polyphonique sur un sujet d’étude qui implique des approches et des modalités différentes pour travailler avec et sur la voix. Le but est de créer un dialogue interdisciplinaire entre des modèles analytiques issus de la psycho-acoustique et des perspectives socio-anthropologiques, qui viennent enrichir la réflexion sur la phénoménologie du corps vocal, sur sa perception et sur la conception de son espace de diffusion.