Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Antoine C. Dussault : Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST)
Les approches méta-éthiques néo-aristotéliciennes (ex.: Thomson 2008; 2003; Foot 2003; Hursthouse 1999) tentent de naturaliser le bien moral via la notion de « bien attributif » développée par Geach (1956). Cette notion tente d'élucider le bien moral par la relation d'exemplarité que possède un individu avec la classe à laquelle il est réputé appartenir. J'argumenterai d'abord que ces approches ne parviennent pas à articuler une notion de bien qui soit directement pertinente pour l'éthique, mais qu'elles formulent plutôt une notion de « bon pour » (goodness for) parallèle à celle développée par les théories se focalisant sur le concept d'intérêt (ex.: Feinberg 1974), et dont la pertinence morale n'est que conditionnelle. Ensuite, je soutiendrai que seul ce qui est bon pour les entités qui possèdent le statut de considérabilité morale définit par Goodpaster (1978) a une pertinence morale, et que le fait d'avoir un bon pour n'est pas en soi suffisant pour posséder la considérabilité morale.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.