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Christine Genest : Université de Montréal
Le suicide d'un adolescent entraîne une situation de crise au sein de la famille. Malgré l'épreuve, la plupart des familles continuent à fonctionner. La résilience familiale pourrait expliquer ce phénomène. Le but de l'étude est donc de proposer une théorie du processus de résilience à partir du vécu des familles endeuillées par le suicide d'un ado et une approche par théorisation ancrée a été choisie. Les données ont été recueillies à l'aide d'entrevues semi structurées (n = 13) avec les membres (n = 17) de sept familles rencontrées individuellement, en couple ou en groupe; de documents personnels (journal intime, homélie, par exemple); d'un questionnaire sociodémographique et de notes de terrain. L'analyse des données a suivi un processus de codification selon l'approche de Strauss et Corbin. Les résultats indiquent que, dans un premier temps, la famille fait face à un cataclysme. S'ensuit une période de naufrage variable selon les bouées de sauvetage présentes au sein de la famille et dans l'entourage. Ensuite, différentes actions permettent à celles-ci d'émerger malgré la blessure indélébile, soit apprendre et grandir à travers cette expérience. L'analyse a aussi permis de dégager quatre types de résilience familiale selon que le rebondissement est rapide ou tardif et que l'émergence est continue ou non (familles énergique, stupéfaite, combattante et tenace). Cette étude permet donc l'augmentation des connaissances conceptuelles sur la résilience familiale.
La recherche sur la résilience a connu un développement remarquable, comme en témoignent les nombreuses publications dans le domaine. À l’opposé des modèles traditionnels d’intervention basés sur la pathologie, mettant l’accent sur les déficits et les problèmes d’adaptation, la résilience s’appuie sur les forces et permet le développement de stratégies construites sur les capacités existantes (Wagnild, 2009). Le concept de résilience connaît un si grand succès international qu’il devient nécessaire d’en préciser le contenu afin d’en faire un outil de pensée et de pratique (Cyrulnik, 2012).
La complexité du concept de résilience fait que sa compréhension ne peut aboutir qu’en adoptant une perspective intégrative, qui tient compte des résultats de recherches menées dans le cadre de perspectives théoriques différentes : psychanalytique, développementale, cognitiviste, psychosociale, psychobiologique, ethnologique et écosystémique (Ionescu, 2006).
Sur le plan clinique, dès le début des années 1990, de plus en plus de chercheurs s’efforcent d’élaborer des instruments (échelles, questionnaires, inventaires) destinés à évaluer la résilience (Ionescu et Jourdan-Ionescu, 2011). Différentes formes de résilience peuvent être évaluées : individuelle (Jourdan-Ionescu et Julien-Gauthier, 2010), familiale (McCubbin et McCubbin, 1988), scolaire (Wang, Haertal et Walberg, 1994), professionnelle (Waterman, Waterman et Collard, 1994), etc.
Le processus de résilience, étudié dans des situations très diverses (à caractère traumatisant ou d’adversité chronique) et bâti à partir de caractéristiques individuelles, familiales et environnementales constitue la résilience naturelle (Ionescu, 2011).
L’impact du concept de résilience sur la pratique connaît un grand essor, notamment avec l’émergence du concept de « résilience assistée » (Ionescu, 2011). L’intervention de résilience assistée vise à développer et consolider la résilience d’une personne, il s’agit d’une intervention de type maïeutique, où le caractère souvent directif, contraignant, intrusif même des interventions classiques est remplacé par un véritable accompagnement qui, en facilitant l’actualisation des compétences de la personne et leur utilisation pour faire face à l’adversité, façonne la résilience (Ionescu, 2010).
Ce colloque multidisciplinaire regroupe des chercheurs nationaux et internationaux, des secteurs de l’éducation, de la psychologie et de la réadaptation qui présenteront leur conception de la résilience pour un public de chercheurs, de professionnels et d’étudiants. Véritable sommet sur la question, il permettra de discuter les résultats de recherches scientifiques au sujet : des concepts de résilience et de résilience assistée; des différents contextes d’étude de la résilience; des types d’évaluation de la résilience; des implications de la résilience dans les pratiques professionnelles.