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Claire Nigay : Université de Montréal
D'un point de vue documentaire, la notion de «rapatriement virtuel» nécessite quelques explications. Les disciplines de la bibliothéconomie et de l'archivistique prônent depuis les dernières décennies un accès élargi aux collections et aux informations auparavant accessibles aux seuls professionnels qui en avaient la charge. Elles ont également réalisé de grandes avancées à l'aide des nouvelles technologies de l'information et de la communication pour relier virtuellement des données qui étaient cloisonnées dans diverses institutions. Le domaine de la recherche collaborative amène de nombreux défis, tant au niveau de la conservation, de la diffusion que de l'accès à l'information. Il s'agit de choisir des formats visant à une certaine pérennité tout en prenant en considération les réalités technologiques des communautés. Dans le même temps, il est crucial de prendre en considération des aspects linguistiques liés aux idiomes autochtones. De plus, rendre accessible virtuellement des inventaires de collections muséales tout respectant les volontés des communautés et des institutions repose sur des enjeux politiques, éthiques et sociaux. Nous nous attacherons à mettre en lumière ces défis en présentant les travaux du comité de documentation du grand projet de recherche mené par Élise Dubuc et portant sur le rapatriement.
Le rapatriement occupe l’actualité muséale depuis quelques décennies. Au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande notamment, de réelles avancées ont eu lieu dans le domaine du retour des restes humains, l’établissement d’une nouvelle éthique et d’un nouveau respect entre les musées centraux et les communautés sources. Notamment suivant des politiques et lois telles que le NAGPRA aux États-Unis, mais aussi avec l’évolution des mentalités et des pratiques de (re)conciliation comme au Canada. Les avancées sont nettement moins probantes en ce qui a trait aux objets culturels significatifs. Les communautés sources peinent à faire valoir leurs droits sur les objets de leur patrimoine, voire même la possibilité d’y avoir accès. Les musées centraux sont réticents à laisser aller les collections qui fondent leur notoriété. Des exemples internationaux occupent le devant de la scène, telles des frises du Parthénon qui opposent la Grèce à la Grande-Bretagne. Le mouvement entrepris par les peuples autochtones envers les anciens empires coloniaux s’y apparente en partie, mais pas entièrement. Une lutte symbolique pour la reconnaissance des droits fondamentaux est engagée et le rapatriement d’objets en est un épiphénomène. Le territoire et la culture sont au centre des considérations. D’autres groupes culturels minorisés ou spoliés ont entrepris de telles démarches. L’exploration des ressemblances et différences des actions entreprises comme les façons d’aborder ces questions seront riches d’enseignement. Plusieurs études de cas seront présentées. Par ailleurs, il est de plus en plus question de rapatriement virtuel, les technologies de l’information permettant un échange d’information à plus grande échelle et à plus grande distance. Ces nouvelles technologies apportent-elles de nouveaux moyens ou sont-elles uniquement un moyen d’esquiver les demandes, permettant aux musées centraux de conserver les objets, en un simulacre de partage d’informations avec les communautés sources?