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Le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak ont contribué à relancer, chez les historiens, la thématique des lendemains de guerre. Plusieurs colloques et publications ont ainsi enrichi les recherches concernant, notamment, les difficultés inhérentes aux lendemains de guerre. Nous présenterons une synthèse des travaux sur la question et analyserons les permanences historiques qui placent la compréhension des après-guerres au cœur de la multidisciplinarité. Si la reconstruction matérielle, étatique et psychologique est au centre des difficultés des lendemains de guerre contemporains, les historiens ont analysé plusieurs autres thématiques «transchronologiques» qui constituent des problèmes majeurs et souvent mal compris lors des lendemains de guerre. Ainsi, l'illusion de l'historicité et l'imaginaire des lendemains qui chantent, la perte d'un statut reconnu comme soldat, le processus de destruction des communautés et de modernisation forcée, sont autant de conséquences qui interfèrent depuis longtemps dans la recomposition des sociétés après les guerres.
Comment l'armée en tant qu'expérience sociale colore-t-elle les épreuves qui jalonnent le retour à la vie civile des militaires? Du point de vue historique et contemporain, notre intérêt se portera en particulier sur des groupes minoritaires au sein de l'armée, mais occupant, depuis quelques années, une place importante dans l'historiographie militaire.
Ce colloque portera sur le retour à la vie civile de groupes minoritaires au sein de l’armée (femmes, Autochtones et minorités ethniques). Nous explorerons ce thème des points de vue historique et contemporain. Alors que les périodes de post-conflits sont de manière générale le théâtre d’une unité nationale retrouvée (Bucaille, 2006), la participation des minorités ethniques ou des Autochtones à l’effort de guerre, au Canada, est longtemps demeurée inavouée (Macfarlane, 2006). Par exemple, les témoignages des vétérans autochtones engagés dans les grands conflits mondiaux du 20e siècle mettent l’accent sur l’expérience de l’égalité et l’absence de distinction ethnique à l’intérieur de l’armée. Or, au retour de l’armée et de la guerre, les vétérans autochtones firent face à de nombreuses discriminations. Le retour au Canada cimenta ainsi leur conscience d’appartenir à une minorité dont l'horizon commun était la domination et de la discrimination; la guerre jouant le rôle d’« agent d’autochtonisation » (Martin, 2009). D’un point de vue contemporain, la fin de la conscription transforme l’armée en tant qu’institution sociale. Celle-ci tend aujourd’hui, au Canada, à être, non plus au service de la nation, mais à l’image de celle-ci. La multiplication, par exemple des programmes pour enrôler au sein des forces armées des membres des minorités témoigne de ce processus de rapprochement entre l’armée et la société canadienne. De quelle manière agissent les « nouveaux » vétérans après avoir fait l’expérience d’une armée qui valorise la diversité et reconnaît désormais les individus comme porteurs d’une identité collective?
Le retour à la vie civile ne se pose pas qu’en termes d’acteurs historique ou politique, individuel ou collectif. Le problème de la déstructuration, de la destruction et de la violence auxquelles ont été confrontés les militaires pèsent sur le retour à la vie civile et sur la capacité des individus à affronter les épreuves de la société qu’ils ont quittée parfois pendant de nombreuses années. L’abondance des travaux de psychiatrie sur les traumatismes de guerre en témoigne (Crocq, 1999). L’expérience du retour à la vie civile des anciens combattants ou des vétérans demeure relativement méconnue si ce n’est au travers des représentations médiatiques de jeunes vétérans meurtris physiquement, en détresse psychique ou de héros de guerre commémorant le souvenir de leurs camarades. Pour le dire autrement, les figures de la victime ou du héros s’imposent et révèlent en creux les enjeux de la construction d’un récit national.