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Marie Tsanga Tabi : Université Gustave Eiffel
La construction des indicateurs pour piloter l'action publique a jusque-là résulté d'un processus dominé par les savoirs experts des corps d'ingénieurs propres aux métiers de l'eau. Les tentatives de conception d'indicateurs alternatifs intégrant la multi-dimensionnalité des enjeux de gestion de l'eau empruntent diverses voies depuis quelques années, parmi lesquelles le développement durable et ses déclinaisons citoyennes, mais sans véritable greffe de la participation de la société civile et sans réel accrochage du politique.
Cette contribution présente une expérience de recherche-action menée dans un grand service urbain pour refonder son dispositif de gouvernance. Elle propose les valeurs publiques de l'eau comme critère transcendant de la chose publique inhérente à l'eau et susceptible de sortir les indicateurs de l'enfermement de la technique et du marchand. Nous montrons les limites du nouveau dispositif national de gouvernance de l'eau par les indicateurs de performance à l'œuvre en France et démontrons en quoi l'approche par les valeurs publiques permet de relever le défi de la participation locale des usagers à l'élaboration du référentiel évaluatif d'un bien commun. Nous discuterons la portée de cette approche pour questionner les fondements normatifs du système de mesure à l'œuvre dans l'eau, et ses implications en termes de gouvernance, dans un monde où la référence au quantitatif et au marchand demeure la norme.
Les indicateurs sont devenus des instruments de gestion et de gouvernance incontournables dans pratiquement tous les domaines et toutes les échelles de la politique publique. En particulier depuis le début des années 90, les indicateurs « alternatifs » ont vu le jour, d’abord avec l’élaboration des indicateurs du développement durable, et plus récemment, sous forme des indicateurs de progrès social, de qualité de vie, de bien être, etc. Néanmoins, en tant qu’instrument de gestion publique, les indicateurs sont souvent critiqués du fait qu’ils sont issus de l’« expertocratie », en étant typiquement conçus par des experts-scientifiques, et ainsi ne répondant pas aux « vraies » préoccupations des citoyens concernés. Un tel dilemme entre l’expertise savante et les préoccupations citoyennes se manifeste également dans la tension entre deux demandes : les indicateurs alternatifs sont censés être à la fois représentatifs du territoire (demande sociétale) qu’ils renseignent et comparables au niveau international (demande politique).
Une suggestion logique et fréquente à ce dilemme consiste à renforcer la participation des citoyens dans l’élaboration des indicateurs. Souvent exprimée, cette recommandation n’est pourtant pas souvent suivie en pratique. Par ailleurs, on en sait encore peu sur les conséquences de la participation dans les différentes étapes du « cycle de vie » des indicateurs, allant des processus de production à leurs conséquences. La littérature sur les différentes formes de participation des citoyens dans de nombreux domaines de la vie politique a mis en évidence une tension entre les objectifs émancipatoires et du contrôle (à travers des formes de « gouvernementalité ») de la participation. Les leçons de cette littérature mériteraient à être mieux intégrées dans le développement et la recherche sur les indicateurs.
La thématique de ce colloque portera généralement sur les leviers et barrières à l’institutionnalisation des indicateurs alternatifs, et plus particulièrement sur les conditions pour qu’un indicateur puisse répondre à la fois aux demandes sociétales et politiques, à savoir représenter les citoyens et être comparable internationalement. Ainsi deux notions phares seront approfondies au cours de ce colloque : la participation et la question d’échelle.
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