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François-Emmanuël Boucher : Collège Canada
Au contraire du rebelle contemporain qui transgresserait, selon Philippe Muray, pour le pur plaisir de transgresser, l'univers pamphlétaire célinien investit un moment de l'histoire où l'on ne piétine pas les tabous avec autant d'impunité. Des forces oppressives imposent alors aux transgresseurs une forme d'insurrection radicale, d'où la rareté de la transgression et son intensité fulgurante. Les cadres socio-culturels qui légitiment un ordre et un certain nombre de croyances s'étendent ainsi à plusieurs domaines : paternalisme omnipuissant, catholicisme obtus, répression des mœurs, éducation archaïsante, gérontocratie monopolisant le crachoir public, hiérarchisation stricte de groupes homogènes, pouvoir de l'académisme, etc., etc., toutes ces formes de domination contre lesquelles Céline souhaite se libérer dans ses romans, mais encore de façon beaucoup plus brutale dans ses pamphlets. Cette communication partira de ce constat pour analyser la manière dont l'esthétique célinienne de la transgression a été analysée à la fois par Philippe Sollers et Philippe Muray. Ce faisant, je chercherai à montrer les similitudes dans leurs analyses et à expliquer en quoi consistent leurs différends. Je terminerai en insistant sur l'idée que les analyses que font Sollers et Muray participent à une sorte de réhabilitation du pamphlétaire infréquentable tout en étant aussi une tentative de se distancer à jamais d'une époque qui n'est alors absolument plus la leur.
L.-F. Céline, l'un des plus grands romanciers du vingtième siècle, a également été, dans les trois pamphlets d’une rare violence verbale qu'il a publiés et réédités entre 1937 et 1943, mais aussi dans un nombre important de lettres envoyées aux journaux de l'époque, un apôtre zélé de l'antisémitisme. Il serait certes tentant de résoudre ce paradoxe en décrétant que l’odieux pamphlétaire antisémite a été, au mieux, une curiosité littéraire, au pire, un romancier médiocre. Ou encore que les pamphlets du romancier génial ne furent qu'une marotte littéraire, qu'une « bagatelle » sans conséquence. Les textes sont cependant là, et tous ceux qui ont voulu « relativiser » l'importance des romans ou l'horreur des pamphlets ont échoué. Bien que, depuis les années 70, la critique célinienne (avec les travaux de P. Muray et J. Kristeva) a repensé l'étanchéité de la frontière entre les corpus romanesques et pamphlétaires et que, grâce à la publication de l'étude importante de R. Tettamanzi dans les années 90 (Esthétique de l'outrance), les pamphlets ont pu finalement être considérés comme des « objets d'étude scientifiques », c'est la levée de l'interdit éditorial qui seule pourra permettre une véritable relance de la recherche universitaire sur l'œuvre bipolaire de cet écrivain. Mettant fin à la longue éclipse de l'espace public des pamphlets, leur récente publication aux Éditions 8, dans une édition critique de R. Tettamanzi, constitue ainsi un jalon important dans la réception de l'œuvre de Céline. Notre colloque cherche à réunir des chercheuses et des chercheurs afin de s'interroger sur cette publication. Quels en sont les bénéfices et les risques? De façon plus large, le colloque se voudrait l'occasion de faire un bilan des connaissances acquises par la critique sur les pamphlets et de proposer des réflexions nouvelles sur ceux-ci et sur la place qu'ils occupent dans l'œuvre de Céline.
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