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bertrand cabedoche : Université Grenoble Alpes
Les acteurs de l'instance médiatique procèdent
facilement à la stigmatisation des productions - voire des producteurs - de
connaissances sur le terrain des médias, que les travaux s'investissent sous
l'angle des industries culturelles, des contenus rédactionnels, des pratiques
professionnelles ou des jeux d'acteurs impliqués dans les procès croissants d'informationnalisation
ou de « relations publiques généralisées » ! Et pourtant, plus que jamais, les
Sciences de l'Information et de la Communication ont légitimité à produire un
savoir distancié et à le voir reconnu et diffusé, quand à chaque mouvement
populaire, les lectures médiatiques dominantes s'évertuent désormais à
expliquer les tensions et leurs résolutions exclusivement à partir des
technologies de l'information et de la communication. Même si quelques prises
de conscience ponctuelles corrigent le tir, ce déterminisme est particulièrement
à l'œuvre lorsque le terrain convoqué est extérieur. Cette altérité devrait
obliger à la lente analyse des contextes spécifiques, mais ce patient travail
d'investigation se révèle trop souvent incompatible avec l'absence de
pré-requis académiques des journalistes contemporains, en particulier
fraichement débarqués dans le métier et la pression du live, instituée sans plus
de protocole comme nouvelle forme d'écriture quand il n'est pas fait état d'une
nouvelle valeur du journalisme. L'exemple des couvertures médiatiques
des mouvements sociaux arabes est révélateur, de ce point de vue.
Le traitement médiatique de l’actualité internationale par les principales agences de presse (AFP, Associated Press, Reuters et Xinhua) et les grands médias internationaux (BBC, CNN, Fox News ou Al-Jazeera) fait souvent débat depuis plusieurs décennies aussi bien dans le milieu universitaire que dans l’opinion publique. La question du déséquilibre des flux d’informations et des manipulations médiatiques est un débat que l’on peut qualifier d’ancien (cf. Rapport Mac Bride) même si cette situation est encore d’actualité. La dernière décennie, à l’instar des précédentes, a vu les médias accorder une place importante à un certain nombre de conflits. Outre l’éternelle crise israélo-palestinienne, les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan et en Irak, la situation en Colombie et plus récemment le printemps arabe ont occupé une place importante dans l’actualité internationale. La nouvelle politique interventionniste de certains États sous le couvert de l’ONU (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie) a également été diversement interprétée. À l’ère des technologies émergentes, les grands médias traditionnels doivent faire face à la concurrence d’une nouvelle génération de journalistes-citoyens et des réseaux sociaux. Avec Internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.), on observe une diversité importante des sources d’information.
Cette diversification des sources d’information a-t-elle un impact sur la qualité du traitement de l’actualité internationale ? Contribue-t-elle au rééquilibrage des flux d’information? Peut-elle influencer la perception qu’a l’opinion publique des peuples « autres » mis en scène par les médias? Comment les populations touchées par ces conflits interprètent-elles le traitement qui en est fait? Quelles sont les conséquences du traitement de l’actualité internationale par les grands médias internationaux sur les rapports interculturels? Quelles sont les nouvelles formes de manipulations médiatiques que l’on observe?