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Denis Gilbert : Pêches et Océans Canada
Une rencontre de titans entre le courant chaud du Gulf Stream et le courant froid du Labrador donne lieu à des processus de mélange océanique complexes dans la région située au sud des Grands Bancs de Terre-Neuve. Une partie des eaux résultant de ce mélange longe le talus continental vers l'ouest et pénètre dans l'embouchure du chenal Laurentien pour ensuite se rendre vers l'intérieur du golfe du Saint-Laurent. Les eaux du courant du Labrador, en plus d'être froides, sont caractérisées par une salinité faible, un fort contenu en oxygène et un pH relativement élevé. À l'inverse, les eaux du Gulf Stream sont chaudes, très salées, pauvres en oxygène et possèdent un pH plus faible (eaux plus acides). La proportion d'eaux du Gulf Stream pénétrant dans le chenal Laurentien est passé de 28% pendant les années 1930 à 47% à partir du milieu des années 1980, entraînant pour les eaux profondes du Golfe des hausses de température et salinité accompagnées de baisses en oxygène et pH. Il n'est pas possible pour l'instant d'attribuer ces changements majeurs au réchauffement climatique en raison d'une grille de calculs à résolution spatiale trop grossière dans les modèles couplés globaux océan-glace-atmosphère actuellement disponibles.
La baisse d’oxygène en milieux aquatiques, qu’elle soit permanente, saisonnière ou épisodique, peut avoir des conséquences importantes sur les organismes qui y vivent. De plus, étant donné que la solubilité de l’oxygène diminue avec une augmentation de la température, l’impact des changements globaux suggère une diminution encore plus importante de la capacité de nos océans, nos mers et nos lacs à absorber l’oxygène indispensable à la vie aquatique. Les données historiques indiquent qu’il y a eu une baisse importante de la concentration en oxygène dissous au cours du dernier siècle dans les eaux profondes de l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Près du fond, les concentrations atteignent des valeurs hypoxiques, c'est-à-dire des valeurs en dessous d'un seuil jugé critique pour les animaux et leurs écosystèmes. Des experts en océanographie physique et en biogéochimie marine feront le portrait de la situation en présentant les causes possibles de la diminution d’oxygène ainsi que ce qui pourrait nous attendre pour le siècle prochain. Si les baisses d’oxygène limitent le support de la vie animale, elles ont également des effets sur la matière organique et les cycles biogéochimiques qui affecteront également la nature des sédiments et la faune benthique vivant sur ou en relation avec le fond. Des exemples issus d’autres systèmes côtiers et lacustres permettront d’éclairer les effets des baisses d’oxygène sur les réseaux trophiques. Un tour d’horizon sur les effets des baisses d’oxygène dissous sur deux des principales espèces exploitées commercialement dans l’estuaire et le golfe, la crevette nordique et le flétan du Groenland, ainsi que sur la possibilité de rétablissement d’espèces en péril comme le loup tacheté nous permettra de dresser un portrait plus global des effets directs de ce phénomène sur la faune aquatique. Ce colloque se veut un outil à la fois d’intégration des données récentes recueillies par diverses équipes québécoises mais aussi un outil de réflexion sur les besoins de recherche à venir et dont notre société aura besoin pour répondre aux défis posés par ces modifications environnementales d’importance.