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Alain Naze : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Que les violences faites aux femmes aient pu proliférer sur le terrain du conjugal, cela devrait militer pour un débordement de l'espace privé (au sein duquel les rapports de sexe obéissaient à un état d'exception) par celui de la politique. Or, les analyses de Michel Foucault ont montré comment les pratiques biopolitiques ont engendré toute une normativité constitutive de l'objet « sexualité », au point que, sans militer pour un retour à l'espace privé des pratiques sexuelles et des rapports de sexe, on peut s'interroger sur le bien-fondé d'une politique sans nuances de visibilité sociale, pour les risques de normalisation qu'elle emporte.
Quelle voie reste donc praticable pour échapper aux effets biopolitiques du pouvoir, sans retomber dans les violences propres aux pouvoirs répressifs, ni dans celles qu'engendre la fermeture sur soi de l'espace privé ? Une politisation du privé, qui soit aussi une politisation du désir, demanderait qu'on interroge les catégories structurant les espaces privé et public, c'est-à-dire les catégories à partir desquelles le partage entre les deux s'effectue – il serait en effet vain d'importer dans l'espace public des pratiques inchangées, et propres à l'espace privé, ou, inversement, d'inciter des pratiques privées à s'exporter dans un espace public, lui-même inchangé. Il arrive que certaines mouvances du « post-porno » portent la question des frontières privé/public à ce niveau de radicalité.
Le colloque propose de réfléchir sur les frontières entre le privé et le politique au regard des violences sexuelles, conjugales et politiques. Nous nous demanderons dans quelle mesure le privé peut et doit devenir plus politique pour mettre fin à ces violences. Contextuelles, elles se forment en déformant et déplaçant les espaces sécuritaires. Individuelles et collectives, elles se posent en s’opposant à la stricte séparation des sphères privée et publique. Mais jusqu’où le privé peut-il devenir politique et jusqu’où le privé doit-il être politisé ? Jusqu’où peut-il relever du droit à l’information ?
Sachant que certains outils des nouvelles technologies de communication permettent de prouver mieux que jamais les violences domestiques ou sociales, on commence à équiper les personnes victimes de violence de téléphones de sécurité. En visant à diminuer les risques de revictimisation, on complexifierait paradoxalement la lutte contre ces violences. À mesure des progrès faits en matière de violence, on les amènerait à se subtiliser.
Suite aux études des violences sexuelles, l’émergence sociale et la conscientisation politique des violences conjugales ont particulièrement attiré notre attention. Nous verrons que les violences politiques et systémiques n’y sont pas non plus étrangères. La politisation des violences sexuelles et conjugales peut contribuer à égaliser les rapports de pouvoir et les autres rapports sociaux entre hommes et femmes. Ces violences n’étant pas un destin irrémédiable et se complexifiant proportionnellement au développement des droits des femmes, elles peuvent être combattues, limitées, voire éliminées.
Face à la porosité des frontières entre le privé et le politique dans les nouveaux enjeux relatifs à ces violences, on peut penser que la politique est à la fois le mal et la solution du mal, qu’elle se forme en les réformant. Au regard de nouvelles lectures (biopolitique, épistémologique, sociale, interventionniste, etc.), les interventions se situeront tant sur le plan politique, théorique et public que sur le terrain communautaire. Ce colloque multisectoriel s’adresse à tou(te)s, intervenant(e)s et chercheur(e)s intéressé(e)s aux politiques publiques de prévention et protection des victimes de violence, aux politiques sociales de réduction des méfaits et besoins des victimes de populations vulnérabilisées, notamment les femmes, les enfants et les aîné(e)s. Pour contrer à plus long terme les nouvelles formes de violence qu’elles vivent socialement ou potentiellement, il est urgent de former de nouvelles alliances interdisciplinaires, politiques, sociales et communautaires.