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Muriel Gomez-Perez
Depuis le tournant des années 1990, la visibilité accrue de l'islam dans l'espace public au Burkina Faso s'est manifestée entre autres par l'émergence de prêcheurs et prêcheuses de plus en plus médiatisés. La participation active tant des hommes que des femmes invite l'ensemble des membres de la communauté musulmane du pays à faire évoluer les prônes et les discours religieux pour atteindre des fidèles aux profils diversifiés et pour tenter de répondre à la concurrence notamment des évangélistes.
Il s'agira ici de proposer un regard croisé entre prêcheurs et prêcheuses du Burkina Faso afin de relever les permanences et les ruptures dans leurs stratégies de communication de leur foi. Ces prêcheurs et prêcheuses cherchent à dicter des normes islamiques à travers notamment leur participation dans des colonies de vacances islamiques, dans des cours du soir d'apprentissage du Coran et de lecture du Coran lors du ramadan, à travers le fait d'enseigner dans des collèges et universités islamiques et d'animer des émissions religieuses dans des médias confessionnels. L'accent est systématiquement mis sur la nécessité de l'apprentissage de la langue arabe dans l'optique d'un affermissement de la foi des croyants. Ceci est d'autant plus vrai pour les prêches s'adressant aux fonctionnaires et étudiants francophones formés à « l'école du Blanc », un profil de fidèles longtemps négligé, ayant reçu peu ou pas d'éducation religieuse et en demande de savoir pratique.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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