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Alain Létourneau : Université de Sherbrooke
Nous présenterons la préparation aux changements climatiques comme étant prévisionnelle, stratégique et communicationnelle, incluant l'identification des vulnérabilités. La préparation suppose des discours qui doivent être partagés. Les différents acteurs, organisés selon plusieurs logiques de groupement sur le territoire, ont chacun leurs contraintes d'opération. Ils doivent se convaincre mutuellement de la nécessité d'agir de façon concertée. Cette tâche communicationnelle est une requête éthique, puisqu'elle consiste à se donner des chances d'exercer nos responsabilités de manière efficace dès lors que l'hypothèse du scepticisme climatique est levée. Les prudences mutuelles entre le court terme, le long terme et certaines logiques d'intégration viennent court-circuiter les visées du moyen et long terme. Dans le cas des personnes habitant l'estuaire du Saint-Laurent, même si le recul des berges est perceptible, une mobilisation conduisant à des décisions n'est peut-être pas suffisamment au rendez-vous. Or, ce qui est le plus fort pour convaincre, c'est l'appel aux événements prévisibles et aux conséquences de faire ou ne pas faire telle ou telle chose. Nous allons nous pencher sur les effets de l'ouragan Sandy (fin octobre 2012, Superstorm Sandy) sur la côte Est, depuis les Antilles jusqu'à la ville de New York, en examinant surtout les vulnérabilités structurelles et énergétiques et en discutant de l'état de préparation qui était présent pour faire face à cette crise.
Les concepts de vulnérabilité et de résilience des communautés, ainsi que les questions d’intégration des échelles de gestion des zones côtières et riveraines dans le cadre des changements climatiques, requièrent des analyses complexes, au niveau social, politique, et écologique. Les approches traitant de ces aspects et leurs interprétations sont généralement complexes, ce qui limite leur capacité à passer à l’action et opérationaliser les recommandations. Les acteurs des communautés et des organisations sociales demeurent perplexes à savoir si tout cela reste utile. La complexité de ces approches, et des défis qu’elles cherchent à relever, limite le processus de transformation de celles-ci vers une adaptation durable d’une part, et vers une véritable intégration des enjeux territoriaux terre/mer d’autre part. Ici, nous débattrons des aspects cruciaux de l’adaptation pour un développement territorial durable et tenant compte de l’interdépendance des bassins versants et des zones côtières, tant d’un point de vue conceptuel, méthodologique, qu’empirique. Les acteurs locaux sont pris entre deux réalités. Dans le court terme, le besoin de réagir dans l’immédiat mène à des décisions qui peuvent empiéter sur la capacité future des populations à faire face aux effets des changements climatiques. Les actions prises à court terme pour répondre aux besoins criants des élus et des citoyens, qui voient l’adaptation sous l’angle de la protection (enrochement ou mur), peuvent aussi restreindre des usages par les acteurs d’aujourd’hui (non enrochement ou retrait). Dans le long terme, les problèmes pourraient même s'aggraver, si dans une perspective intégrée des composantes socioécologiques, les conditions socioécologiques atteignaient un seuil de non-retour. Devant cette situation, nous devons comprendre les facteurs qui façonnent la construction des représentations sociales des acteurs (communauté, gestionnaires, élus, etc.), découvrir les facteurs socioécologiques et politiques qui influencent les capacités d’apprentissage, d’innovation et de transformation, ainsi que développer des approches intégrées. L’intégration de ces enjeux permettra de faire face à des situations extrêmes dans lesquels l’incertitude, les changements d’état des ressources et les transformations rapides des écosystèmes et des politiques sont fréquents, et ce, dans un savoir transférable aux communautés et aux acteurs concernés.
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