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Marie-Pierre Robert : Université de Sherbrooke
Si la circulation des pratiques, des acteurs et des institutions sur le marché mondial des biens symboliques a favorisé l'émergence d'inquiétudes similaires dans de nombreuses sociétés occidentales, les réponses juridiques qui y sont apportées s'inscrivent traditionnellement dans des contextes socio-historiques spécifiques à ces sociétés et s'ancrent dans des univers normatifs différents. Toutefois, la convergence des inquiétudes semble aujourd'hui susciter des réponses partageant elles-aussi certains traits communs. À cet égard, on observe que, depuis une dizaine d'années, le doit pénal est de plus en plus souvent convoqué pour lutter contre des religiosités dont l'expression choque la majorité: délit de «manipulation mentale» pour lutter contre les sectes en France (2002) ; interdiction du voile intégral en France (2010) et en Belgique (2011); débat sur la criminalisation de la polygamie en Colombie-Britannique (2011) ; jugement allemand associant la circoncision à une blessure corporelle (2012). S'inscrivant dans ce contexte, cette communication propose : 1) d'analyser les formes de criminalisation du religieux qui ont pu être retracées au Canada ces dernières années ; 2) d'interroger la tolérance de l'État canadien à l'endroit de minorités religieuses socialement mal acceptées auxquelles s'imposerait désormais une exigence d'adhésion visible à des valeurs communément partagées, sous peine d'être juridiquement condamnées à la mort civile.
La religion est souvent abordée comme un facteur de clivage social ou comme un obstacle à la participation sociale et au bon établissement des immigrants. Les communications du colloque visent à jeter une nouvelle lumière sur la thématique religion/intégration en lien principalement avec le contexte québécois. Prenant l’intégration comme un fait de la société plutôt que des individus ou des groupes ethniques, nous examinons le potentiel du religieux comme espace et comme outil d’intégration sociale. Quatre sous-thématiques seront plus précisément abordées : 1) le rôle des groupes religieux dans l’insertion des immigrants (entraide, soutien moral, vecteur de sens qui aide à vivre l’exil, l’éloignement familial, la déqualification…); 2) les milieux religieux à Montréal et dans les régions comme des sites de relations interethniques où les minoritaires sont souvent majoritaires; 3) les conceptions de l'intégration sociale qui sont véhiculées au sein des groupes religieux et des institutions religieuses de même que les représentations idéales du rapport que leurs membres devraient entretenir avec le reste de la société, ainsi que l'intégration tel qu'imaginée par les immigrants et les institutions qu'ils ont établies; 4) les conceptions de l'intégration sociale qui sont véhiculées au sein du groupe majoritaire et des institutions publiques en ce qui concerne l'appartenance religieuse des citoyens, de même que les représentations idéales du rapport à la citoyenneté que les croyants devraient entretenir, et les normes juridiques qui devraient la baliser.
En bref, nous proposons de questionner l’opposition souvent établie entre la religion et l’intégration, tout en cernant des créneaux d’ouverture entre des groupes différents au sein du religieux, sans négliger les instances où les clivages sociaux (ethniques ou autres) trouvent expression dans la religion.
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