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Valérie Pageau : Université Laval
Dans le cadre de nos recherches sur le monde ancien, nous voulons mieux connaître la façon dont est perçue la parole impériale dans l'Empire tardif (surtout le IVe s. p. C.). Il semble qu'un questionnement semblable puisse également intéresser le contexte politique actuel : qui est l'orateur par excellence ? Les orateurs modernes font-ils partie de la noblesse ou du peuple ? La parole des dirigeants est-elle semblable à celle de l'empereur ? Nous étudierons ces questions notamment en regard de l'histoire oratoire du Québec.
Tout récemment, à la lecture d'un roman de José Saramago, nous sommes tombée sur cette phrase :
« Ce que vous venez de dire est admirable, je crois que votre éloquence convaincrait même le ministre, J'en doute, monsieur le directeur, les ministres sont là pour nous convaincre nous [...] » (L'autre comme moi, trad. G. Leibrich, p. 73, Seuil, 2005).
Dans l'Antiquité romaine, l'art de dire et de bien dire avait une fonction autrement plus élevée et constituait l'aboutissement de l'éducation des nobles, qui en faisaient usage non seulement au barreau, mais encore à la cour de l'empereur, là où se prenaient des décisions politiques majeures. Si l'exercice de l'éloquence était beaucoup plus étendu chez les nobles de l'Antiquité, la citation de José Saramago rappelle qu'à cette époque comme aujourd'hui, la rhétorique est avant tout l'apanage des classes dirigeantes de la société, qui s'en servent comme d'un outil de pouvoir et de persuasion.
La question de la pertinence des études anciennes au Québec s’impose par un double éloignement, à la fois temporel et spatial, de leur objet de recherche. Que ce soit par l’archéologie, la littérature, la philosophie, l’histoire, ou encore les sciences des religions, les études anciennes posent un regard critique vers un passé lointain. L’attitude des étudiants et des chercheurs peut être perçue comme étant passéiste, voire comme une négation des impératifs du présent. Est-ce véritablement le cas? La présente table ronde se propose de regrouper divers intervenants issus du milieu de l’enseignement et de la recherche en études anciennes, afin d’aborder cette problématique de front. La question de la pertinence de cette discipline sera abordée suivant deux axes : l’utilité de l’enseignement et celle de la recherche. Au 20e siècle, l’histoire intellectuelle du Québec fut en grande partie marquée par les enseignements du cours classique, qui laissait une large place aux œuvres gréco-latines. Quelle place occupe et occupera cette culture dans l’enseignement au 21e siècle? Puisque ces civilisations ne sont plus autant enseignées au secondaire, l’université est désormais l’institution qui assure leur rayonnement. Dans une société où la culture classique perd sa valeur de référentiel commun, est-il toujours nécessaire de l’enseigner? La place actuelle de la recherche sera également débattue. Au cours des dernières décennies, une tendance s’est dessinée dans la recherche universitaire qui privilégie les sciences appliquées aux dépens des autres disciplines. Cette mentalité, jumelée à l’apparent éloignement spatio-temporel des études anciennes, contribue à leur marginalisation. C’est pourquoi il est important de réfléchir en public aux enjeux rencontrés par cette discipline. Cette table ronde sera donc l’occasion pour les professeurs et les étudiants gradués de dialoguer sur les résonances modernes de leurs travaux de recherche.