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Florence Moreau : Université Paris Cité
Dans l'édition hebdomadaire du magazine Life publiée par Time Inc. de 1936 à 1972, la rubrique « Speaking of Pictures » se distingue par son caractère méta-photographique au sein d'un contenu éditorial fondé sur la pratique de l'essai photographique. Ce caractère méta-photographique s'établit à travers un discours de l'organe de photojournalisme qu'est Life en combinant une forme de didactisme en dispensant des conseils techniques relatifs à la pratique photographique, avec de brefs exposés théoriques où sont discutées les pratiques éditoriales du magazine. Il apparait à travers cette rubrique, que la mise en récit des images photographiques joue sur leurs fonctions narratives, heuristiques et cognitives, dont procède une véritable culture visuelle.
Ainsi, l'objet de cette communication est de nous interroger sur l'effet ou les effets créés par le montage visuel qui s'opère dans l'édition du photojournalisme à travers sa mise en page, en fondant notre analyse sur cette rubrique qui apparait comme un outil de décryptage fondamental de l'écriture photojournalistique, où les images se substituent au texte pour transmettre un message complexe fondé sur la rhétorique de l'image, et où les pages du magazine sont appréhendées comme des espaces visuels.
Au croisement de l’anthropologie visuelle, de la photographie documentaire et de préoccupations proprement sociales, la sociologie visuelle s’enracine dans l’idée que le chercheur ne doit pas se limiter à élaborer un savoir sur les images, mais qu’il doit aussi compter avec les images. Elle invite ainsi à capter visuellement le monde pour rendre compte de ce qu'il donne à voir. Mais, après cette captation initiale, comment s’effectue l’expression, l’interprétation et la transmission par et avec les images, de l’expérience du social? Comment le visuel, cette « matière » d’expérience, peut-il à son tour modeler le sens?
En effet, entre l’échantillonnage des données visuelles et leur réception, un moment crucial doit être pensé : celui, critique, du montage. Il s’agit de l’étape, proprement heuristique, où s’opère la mise en ordre du sens par l’écriture visuelle, c’est-à-dire par la construction d’une narration censée restituer les « effets de présence » des images. Or, le récit par l’image ne s’élabore pas ici à travers les mots, mais bien par le montage visuel, c’est-à-dire par la combinaison de liens, de correspondances, d’analogies. Les ensembles d’images composés ouvrent alors des espaces inédits d’intelligibilité, cartographiant les sensibilités et transcrivant, par-delà le langage, la réalité de la culture et de la vie sociale.
Comment alors penser et articuler la construction d’un récit en images? Quelle est la place, voire la préséance, des récits textuels et iconologiques dans une démarche de sociologie visuelle? Comment le chercheur doit-il combiner les « effets de présence » des images tout en restant attentif aux « effets de sens » propres à l’interprétation? À la lumière de réflexions théoriques, de recherches expérimentales et de réalisations visuelles originales, le colloque vise ainsi à dégager quelques perspectives actuelles qui proposent d’explorer le social par les artefacts visuels.
Résolument pluridisciplinaires, les quatre sessions qui composent le colloque s’attardent à faire état des réflexions qui animent les recherches en cultures visuelles. Que ce soit à travers les récits filmiques et audiovisuels, l’agencement des images dans les présentations visuelles, le croisement des récits iconologiques et textuels, les montages de la presse écrite, l’écriture photographique et artistique comme les corpus très actuels des images d’amateurs… en toile de fond et en horizon de ces explorations, la trame du social est interrogée, configurée, imaginée, re-pensée.
Le colloque se place sous l'égide du CELAT (Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions).
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