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Membre a labase
jonathan roberge : INRS - UCS - Institut national de la recherche scientifique - Urbanisation Culture Société
Il s'agira ici de poser certaines bases pouvant servir à mieux cerner ce qui peut être entendu par « nouveaux prescripteurs et transformation des goûts à l'ère numérique ». Quatre logiques semblent aujourd'hui se déployer, mais aussi entrer en conflit ou du moins tenir dans un équilibre instable. La première est l'émergence d'outils techniques de plus en plus raffinés afin de prescrire des contenus culturels. Des géants comme Google ou Itune personnalisent leurs recommandations et classements en créant ainsi une véritable culture algorithmique (Striphas). Contre cette logique accusée de limiter et d'enfermer les consommateurs, une nouvelle tendance voit le jour qui se pense ou se justifie en tant que curation. Il est question de découverte et de partage, à savoir d'une éditorialisation de contenu qui soit humaine et non technique. Or voilà, ce discours auto-légitimant n'est pas non plus sans difficulté et donne à voir une troisième logique perpétuellement à l'œuvre : celle du marketing, de la vente derrière la prescription. Les curateurs aussi font la promotion de certains produits et « traquent » leurs clients à l'aide d'outils techniques de type google analytique. Au final, si la critique culturelle se voit récupérée par les trois précédentes logiques (Boltanski), elle se pose elle-même comme logique et enjeu, c'est-à-dire comme une certaine obligation à réfléchir à la, ou aux manières dont elle peut se réinventer à l'intérieur du nouvel environnement numérique.
Ce colloque s’intéresse aux multiples manières par lesquelles les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) modifient l’accès à la culture. Plus particulièrement, il cherche à identifier l’évolution des relations entre formation du goût et dispositifs de prescription ou de recommandation, compte tenu de l’émergence de nouveaux réseaux sociaux dans leurs dimensions tout autant interactives que technologiques. La recherche sociologique a pris acte depuis plus d’une quarantaine d’années de la démultiplication des rapports à la culture et la montée de l’éclectisme en matière de passion et d’intérêt culturel. Le numérique est venu à la fois renforcer et problématiser ces phénomènes. La multiplication des contenus oblige en effet à des processus poussés d’éditorialisation, ce qui tend à accentuer plutôt qu’à éliminer les logiques et dispositifs de prescription (recommandation, découverte, évaluation et classement). Filtres et relais culturels se reconfigurent, posant de la sorte à nouveaux frais la question des rapports de force et des inégalités au sein du champ culturel. Qu’advient-il du jugement et de la critique au sein d’une culture marquée par la montée des « prosommateurs » et où se brouillent les frontières conventionnelles entre professionnels et amateurs? Qu’en est-il du rôle de prescription des groupes de pairs au sein des nouvelles communautés virtuelles? Qui sont et que font ces nouveaux tastemakers et gatekeepers de l’ère numérique : agrégateurs et sites de recommandation de toutes sortes? Comment favorisent-ils un accès différencié à l’information et aux contenus culturels? Les modes opératoires des nouveaux prescripteurs étant conditionnés par l’architecture des sites Internet (interface et algorithmes), dans quelle mesure ces nouvelles « lois » de programmation agissent-elles comme filtres?