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Merieme Yafout : CM2S (Centre Marocain des Sciences Sociales)
Mon intervention propose d'étudier l'influence de la répression subie au sein de l'espace public ( de la part des autorités politiques) sur les relations au sein de la famille au Maroc. Je propose de partir d'un dicton marocain très significatif dans ce sens : « Le makhzen (système politique marocain) me torture et je torture Aouicha, mon épouse » afin de montrer que la violence au sein de la famille est, en partie, produit de la violence des autorités à l'égard du citoyen. De surplus, l'intervention tentera de montrer comment les différentes mesures prises par les organisations de la société civile marocaine sont aussi influencés par le politique puisqu'ils ne centrent leur attention que sur la violence au sein de la sphère privée comme si celle-ci naît indépendemment de la violence générale au sein de la société.
Le colloque propose de réfléchir sur les frontières entre le privé et le politique au regard des violences sexuelles, conjugales et politiques. Nous nous demanderons dans quelle mesure le privé peut et doit devenir plus politique pour mettre fin à ces violences. Contextuelles, elles se forment en déformant et déplaçant les espaces sécuritaires. Individuelles et collectives, elles se posent en s’opposant à la stricte séparation des sphères privée et publique. Mais jusqu’où le privé peut-il devenir politique et jusqu’où le privé doit-il être politisé ? Jusqu’où peut-il relever du droit à l’information ?
Sachant que certains outils des nouvelles technologies de communication permettent de prouver mieux que jamais les violences domestiques ou sociales, on commence à équiper les personnes victimes de violence de téléphones de sécurité. En visant à diminuer les risques de revictimisation, on complexifierait paradoxalement la lutte contre ces violences. À mesure des progrès faits en matière de violence, on les amènerait à se subtiliser.
Suite aux études des violences sexuelles, l’émergence sociale et la conscientisation politique des violences conjugales ont particulièrement attiré notre attention. Nous verrons que les violences politiques et systémiques n’y sont pas non plus étrangères. La politisation des violences sexuelles et conjugales peut contribuer à égaliser les rapports de pouvoir et les autres rapports sociaux entre hommes et femmes. Ces violences n’étant pas un destin irrémédiable et se complexifiant proportionnellement au développement des droits des femmes, elles peuvent être combattues, limitées, voire éliminées.
Face à la porosité des frontières entre le privé et le politique dans les nouveaux enjeux relatifs à ces violences, on peut penser que la politique est à la fois le mal et la solution du mal, qu’elle se forme en les réformant. Au regard de nouvelles lectures (biopolitique, épistémologique, sociale, interventionniste, etc.), les interventions se situeront tant sur le plan politique, théorique et public que sur le terrain communautaire. Ce colloque multisectoriel s’adresse à tou(te)s, intervenant(e)s et chercheur(e)s intéressé(e)s aux politiques publiques de prévention et protection des victimes de violence, aux politiques sociales de réduction des méfaits et besoins des victimes de populations vulnérabilisées, notamment les femmes, les enfants et les aîné(e)s. Pour contrer à plus long terme les nouvelles formes de violence qu’elles vivent socialement ou potentiellement, il est urgent de former de nouvelles alliances interdisciplinaires, politiques, sociales et communautaires.