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Laura Jordan Gonzalez : Université Laval
Cette communication vise à examiner comment le déploiement d'une théorie sur l'origine d'un genre de musique en particulier, la cueca chilienne, a une influence sur la manière de concevoir la voix chantée. Dans la première partie, je présenterai un ouvrage qui sert comme objet principal d'analyse : le livre Chilena o cueca tradicional: según las enseñanzas de don Fernando González Marabolí, d'un groupe de musicologues dirigés par Samuel Claro, dont la contribution principale fut la diffusion dans le monde universitaire de l'idée de l'origine arabe-andalouse de la cueca. Mon objectif est d'examiner comment le développement d'une telle hypothèse participa à la construction d'une image de la voix andalouse qui fonctionne comme point de repère pour la transmission du savoir-faire d'un style particulier de chant : celui de la cueca chilenera. La deuxième partie proposera l'observation d'un élément particulière de la caractérisation vocale : le mélisme. Bien que certains chercheurs et nombreux chanteurs utilisent le mot « mélisme » pour caractériser la façon particulière de chanter la cueca, je voudrais soulever la problématique terminologique qu'une telle utilisation comporte, étant donné le fait que la cueca a été amplement reconnue par le caractère syllabique de son chant.
Le cri et le chant constituent les extrêmes d’un continuum sonore qui, dans ses innombrables déclinaisons, donne voie à l’expressivité humaine. Les degrés progressifs de la formalisation entre cri et chant ne correspondent pas forcément à des niveaux plus ou moins complexes de signification, ni à une forme plus ou moins accomplie d’Art. Entre une expression instinctive comme le cri et un acte linguistique (un énoncé), on retrouve une volonté commune de véhiculer un message à travers la voix.
Le champ d’action de la voix est vaste et toute manifestation (cri, rire, soupir, prosodie, contour mélodique, chant) contribue à alimenter des échanges sociaux, affectifs, sexuels, au sein d’une communauté. Il y a pour autant diverses raisons à faire de la voix l’objet privilégié d’une réflexion plurielle. Les études de cas proposées lors de ce colloque ont pour but d’analyser les formes primordiales d’expressivité vocale (appelées par Lacasse « modificateurs ») dont les professionnels de la voix, notamment les chanteurs, se servent lors de leurs productions artistiques pour véhiculer des émotions. Ce colloque souhaite amener une réflexion polyphonique sur un sujet d’étude qui implique des approches et des modalités différentes pour travailler avec et sur la voix. Le but est de créer un dialogue interdisciplinaire entre des modèles analytiques issus de la psycho-acoustique et des perspectives socio-anthropologiques, qui viennent enrichir la réflexion sur la phénoménologie du corps vocal, sur sa perception et sur la conception de son espace de diffusion.