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À quel(s) pouvoirs la philosophie est-elle à même d'être candidate aujourd'hui? La question des compétences du philosophe

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Alain Renaut : Sorbonne Université

Résumé de la communication

En 150 ans, la philosophie a dû accepter de reconnaître, de gré ou de force, une réduction incomparable de ses compétences. Certaines lui ont été confisquées, en totalité ou en partie, par de nouvelles sciences, humaines, sociales ou politiques – ou par des sciences de la nature aussi anciennes que celles du vivant. A d'autres compétences, elle a su renoncer de son propre chef, devant ses propres échecs ou sous la critique sans concession qu'elle a su faire d'elle-même, en déclarant closes les interrogations spéculatives sur le monde, l'âme, Dieu. Ne prétendant plus être roi, sachant qu'il n'est pas plus sage que les autres, ignorant tout, comme tout le monde, du sens de l'histoire, n'osant plus en prophétiser la fin, le philosophe n'a-t-il plus d'autre choix que de reconstituer interminablement ce qu'a été son propre parcours depuis les Grecs ? Après s'être cru compétente pout tout, la philosophie n'est-elle plus compétente pour rien ? Après avoir, à défaut d'être roi, conseillé les théologiens et les princes, le philosophe peut-il encore être candidat à exercer un quelconque pouvoir dans ou sur des sociétés qui lui laissent penser qu'elles ont de moins en moins besoin de lui ?

Résumé du colloque

Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…

S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.

Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
section icon Date : 8 mai 2013

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