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Andrée Mercier : Université Laval
Les études sur la littérature québécoise contemporaine s'entendent à reconnaître l'importance de la question identitaire. Une telle préoccupation n'est pas nouvelle et constitue presque une obsession de notre littérature. Dans le roman, elle prend souvent la forme d'une recherche existentielle, celle d'un sujet errant, en quête de sens, ballotté par les événements, sans but explicite. On constate toutefois, dans des romans très récents, que la quête identitaire est abordée sous un mode plus distancié, sinon même parodique, devenant ainsi un véritable matériau littéraire chargé d'une mémoire et de codes qu'il s'agit de reprendre et de remodeler. Si on peut observer ces avatars parodiques dans plusieurs lieux éditoriaux, les exemples en semblent beaucoup plus nombreux dans les jeunes maisons. Cette communication aura donc pour objectif d'étudier ce phénomène à partir de cinq exemples : Le phyto-analyste de Bertrand Busson (2012) et le premier volume de la série Brigitte des colères de Jérôme Lafond (2010), tous deux parus au Marchand de feuilles, Matamore no 29 d'Alain Farah (2008) publié au Quartanier, ainsi que Bureau universel des copyrights de Bertrand Laverdure (2011) des éditions La peuplade. Ces romans permettront d'illustrer sous quelles formes narratives peut se manifester un usage parodique de la quête identitaire et d'interroger les enjeux littéraires que soulèvent de tels avatars.
On assiste au Québec à une véritable effervescence du milieu de l’édition littéraire depuis le début des années 2000. La dernière décennie, de fait, a vu naître plusieurs maisons – Marchand de feuilles (2000), Les Allusifs (2001), Le Quartanier (2002), Rodrigol (2003), Alto (2005), Ta Mère (2005), Héliotrope (2006), la Peuplade (2006) et Coups de tête (2007), pour ne nommer que celles-là – dont les échos portent la trace d’un renouveau formel, stylistique et discursif. Si le développement de l’institution donne voix à nombre de nouveaux auteurs, Jean-François Chassay assure néanmoins qu’il ne s’agit pas « d’une école ou d’un mouvement littéraire propre à une génération. Au contraire, la variété des esthétiques et des perspectives fonde le dynamisme de ces écritures. » Ce constat d’une telle variété esthétique appelle autant à un examen des politiques éditoriales présentes dans le champ littéraire québécois actuel qu’à celui des pratiques narratives qui s’y profilent. Qu’ils embrassent des veines exploratoires ou classiques, qu’ils oscillent entre le ludisme, le réalisme et le tragique apocalyptique, qu’ils revisitent les codes génériques et les notions canoniques, une part des auteurs qui publient dans ces diverses maisons d’édition se montre rétive à toute tentative de classification. Ainsi, à défaut de parler de « mouvement littéraire », nous souhaitons faire ressortir les lignes de forces, les mouvances esthétiques et narratives, ainsi que les thématiques qui peuplent les pratiques encouragées par les jeunes maisons d’édition québécoises, dans le souci de dresser un portrait élargi des approches poétiques qui logent à l’enseigne de ces nouveaux espaces éditoriaux. Le colloque ouvrira la porte à des réflexions sur des motifs aussi divers que le jeu sur les genres, l’éclatement du récit, la porosité (narrative, générique, spatiale), les mouvances littéraires (néo-terroir, réalisme magique), les récurrences thématiques (catastrophisme, américanité), etc.