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Martine Courbin : Université Montesquieu - Bordeaux 4
Les Fables de Lafontaine, qui figure aux programmes de l'Ecole en France depuis 2004, posent un défi considérable aux enseignants du cycle des Approfondissements. La lecture de cette œuvre patrimoniale s'avère ardue pour des élèves du cycle 3 tant la compréhension des textes des fables dans leur triple dimension, narrative, poétique et apologétique est complexe. Or, le dispositif didactique de lecture-spectature proposé constitue une voie/voix pour lever ces difficultés en faisant résonner lecture littéraire et lectures filmiques. Dans une classe de cours moyen, deux adaptations visuelles ont été convoquées pour construire la compréhension des deux fables « la Cigale et la Fourmi » et le « Corbeau et le Renard » : le film du spectacle théâtral de Robert Wilson et des dessins animés. La séquence visait à faire lire successivement et systémiquement ces deux fables sous la forme des trois supports différenciés, imprimé traditionnel puis visuels, invitant l'élève lecteur-spectateur à convoquer, interpréter, reconfigurer ses propres lectures dans un mouvement alliant linéarité et dynamisme. Plusieurs phases d'interactions langagières au sein de la classe, instituée communauté discursive disciplinaire, ont permis d'entendre dialoguer, se confronter ces lectures d'élèves parfois diverses, souvent proches, toujours renouvelées. Pour la très grande majorité des élèves de la classe de nouveaux savoirs se sont ainsi construits, enrichis par la « multilecture ».
L'expansion prodigieuse de la communication médiatique contemporaine, qui mobilise en simultanée plusieurs modes, langages et médias à partir de supports variés, a donné naissance à une véritable culture multimodale qui bouleverse la pédagogie « classique » (Buckingham, 2003; Gray et al., 2010). Donnat (1998) parle d’hybridation de la culture cultivée, c’est-à-dire de sa mutation au contact de la « culture des écrans ». Ainsi, les médias de masse, a fortiori ceux dits numériques, sont devenus une source incontournable par laquelle les jeunes se renseignent sur leur univers, développent des attitudes, des représentations et des croyances, et se forgent une identité (Chung 2007). Un bon lecteur contemporain doit ainsi posséder les clés de plusieurs modes sémiotiques s’exprimant sur des supports toujours plus originaux, interactifs, diversifiés et, conséquemment, complexes (Stafford, 2011). Dans ce contexte, l’éducation des jeunes à la lecture et la production de textes littéraires sur des supports variés semble s’imposer dans une perspective manifeste de reconfiguration des pratiques d’enseignement de la littérature. Déjà, en France, l'étude conjointe du roman et du film est recommandée au collège afin de comparer les modes d'expression respectifs de ces deux formes artistiques. La Belgique prévoit aussi dans ses programmes la comparaison de romans à leur adaptation en bande dessinée ou au cinéma, de manière à découvrir les spécificités de chaque système narratif. Au Québec, dans le programme de français du secondaire, le film est abordé, à l’instar de la bande dessinée, comme une œuvre complémentaire au texte littéraire qui permet de se constituer des repères culturels.
L’un des principaux enjeux de ce colloque vise à définir et à consolider, dans une perspective didactique, les spécificités et les objectifs de la rencontre désormais inévitable entre la littérature et les pratiques culturelles des élèves autour d’œuvres multimodales.