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Mina Sadiqui : Université Moulay Ismaïl
L'enseignement/apprentissage du FLE au lycée au Maroc repose, depuis 2002, sur l'approche par compétence et se base sur un objet/support spécifique, l'œuvre intégrale, dans une triple perspective : linguistique, méthodologique et culturelle. C'est dans ce sens que le texte officiel, les orientations pédagogiques générales, invite le praticien à intégrer dans sa classe des « textes divers » (textes décontextualisés dont le choix dépend complètement du praticien) .Ces textes peuvent être non littéraires afin de permettre à l'apprenant d'élargir ses horizons culturelles et de cultiver son esprit critique. Pour définir un texte non littéraire nous retenons le critère sémantique souligné par Tauveron soit d'un texte « lisse, à sens unique » (Tsimbidy, 2008, p11-12). Ce texte peut parfois combiner divers « codes » formant ainsi un texte « multimodal ». Nous tenterons de répondre aux deux questions suivantes : Comment à partir d'un texte littéraire l'enseignant peut-il ouvrir sur une œuvre multimodale ? Comment construire un dispositif d'enseignement/apprentissage du FLE au secondaire, qui proposerait un parcours cohérent, exploitant un texte littéraire et un texte plus ancré dans les pratiques culturelles de nos lycéens ?
Nous proposerons, en nous basant sur les récentes recherches en didactique des langues, des repères pour l'élaboration d'un dispositif didactique tissant des liens entre une œuvre intégrale romanesque et une œuvre multimodale non littéraire.
L'expansion prodigieuse de la communication médiatique contemporaine, qui mobilise en simultanée plusieurs modes, langages et médias à partir de supports variés, a donné naissance à une véritable culture multimodale qui bouleverse la pédagogie « classique » (Buckingham, 2003; Gray et al., 2010). Donnat (1998) parle d’hybridation de la culture cultivée, c’est-à-dire de sa mutation au contact de la « culture des écrans ». Ainsi, les médias de masse, a fortiori ceux dits numériques, sont devenus une source incontournable par laquelle les jeunes se renseignent sur leur univers, développent des attitudes, des représentations et des croyances, et se forgent une identité (Chung 2007). Un bon lecteur contemporain doit ainsi posséder les clés de plusieurs modes sémiotiques s’exprimant sur des supports toujours plus originaux, interactifs, diversifiés et, conséquemment, complexes (Stafford, 2011). Dans ce contexte, l’éducation des jeunes à la lecture et la production de textes littéraires sur des supports variés semble s’imposer dans une perspective manifeste de reconfiguration des pratiques d’enseignement de la littérature. Déjà, en France, l'étude conjointe du roman et du film est recommandée au collège afin de comparer les modes d'expression respectifs de ces deux formes artistiques. La Belgique prévoit aussi dans ses programmes la comparaison de romans à leur adaptation en bande dessinée ou au cinéma, de manière à découvrir les spécificités de chaque système narratif. Au Québec, dans le programme de français du secondaire, le film est abordé, à l’instar de la bande dessinée, comme une œuvre complémentaire au texte littéraire qui permet de se constituer des repères culturels.
L’un des principaux enjeux de ce colloque vise à définir et à consolider, dans une perspective didactique, les spécificités et les objectifs de la rencontre désormais inévitable entre la littérature et les pratiques culturelles des élèves autour d’œuvres multimodales.