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Françoise Gadet
Notre réflexion méthodologique sera appliquée aux procédures de recueil de données, et à l'incidence des choix initiaux sur les possibilités de comparaison et d'exploitation. Les premiers corpus sociolinguistiques ont montré ce qui pouvait être tiré de données d'interviews sociolinguistiques, mais on peut aussi réfléchir à la diversification des sources de données. Ce qui ouvre des questions sur les qualités linguistiques comparées de faits langagiers venant soit d'interviews classiques, soit de données écologiques. Nos réflexions bénéficient de l'expérience de la constitution de deux corpus de francophonie accueillant des données écologiques: CIEL_F sur l'ensemble de la francophonie, et MPF sur les banlieues parisiennes.
On souhaite ainsi mettre au point un recueil écologique sur plusieurs terrains du projet Le français à la mesure d'un continent. Quels faits linguistiques ou langagiers, absents ou peu documentés dans les interviews, se manifestent dans les documents écologiques? On illustrera la réflexion avec deux séries de faits; des phénomènes conversationnels ordinaires comme les chevauchements, et des faits grammaticaux comme le discours rapporté. Le terrain observé est ce qui servira de point de comparaison en France par opposition au Canada: des repas ordinaires enregistrés en Normandie.
En raison du contexte colonial qui fut le sien, l'Amérique française a connu depuis quatre siècles des configurations identitaires travaillées par de constantes transformations, des migrations de populations d'origines diverses elles-mêmes soumises aux continuités et aux ruptures successives des ensembles socio-historiques dans lesquelles elles s’inscrivaient mais non sans impliquer la construction de rapports spécifiques à la langue autant dans les pratiques que dans les discours (Woolward : Language Ideologies 1998). Partant du projet « Le français à la mesure d’un continent » lequel a pour principal objectif d’observer justement les idéologies et les pratiques linguistiques dans des sites précis de la francophonie nord-américaine (l’Acadie, le Québec, la Louisiane, etc. ) et européenne, le but de ce colloque sera de nous interroger, dans une démarche comparative, sur les discours qui caractérisent ces pratiques et d’analyser les idéologies linguistiques qui les sous-tendent tout comme leurs expressions – autant dans leurs similitudes que dans leurs différences.
Définissant les idéologies comme des croyances intériorisées qui ont partie liée avec les formes de pouvoir, et qui, de ce fait, sont historiquement et socialement produites et situées (Woolard 1998), celle qui est la plus présente dans les divers sites de la francophonie, est celle de l’idéologie du standard (Lodge 1997). Toutefois, la dominance que cette dernière a exercée est aujourd’hui battue en brèche par les rapports inédits que différents groupes de francophones établissent avec la langue française. Vivant au quotidien dans l’hétérogénéité des pratiques, ces groupes construisent de nouveaux imaginaires linguistiques et se détachent du modèle standard.
Ce colloque sera donc consacré à une réflexion sur les pratiques et les idéologies linguistiques propres aux différentes régions observées (l’Ontario, le Québec, la Louisiane et l’Acadie,) ainsi qu’aux continuités et aux ruptures que ces dernières recouvrent. En effectuant un retour sur les données relatives aux divers sites et aux matériaux d’observation recueillis (recherche archivistique, entretiens, corpus écologiques), les communications fourniront un éclairage pertinent sur les diverses modalités du vivre ensemble des francophonies nord-américaines. De plus, en croisant les observations faites sur les différents terrains, les communications permettront de comprendre comment les francophones se construisent selon les milieux où ils vivent et dans lesquels le français est, selon les contextes, majoritaire ou minoritaire et en analysant ces situations comme autant de preuves des nouvelles façons de vivre et de penser la francophonie.