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Arsène Brice BADO : Université Laval
Le rapport entre élection et conflit suscite une importante polémique dans la littérature scientifique. D'une part les élections sont perçues comme des alternatives à la violence politique. Aussi sont-elles devenues une condition essentielle des accords de paix en période de conflit civil. Leur tenue marque généralement la fin officielle des conflits civils et ouvre l'ère post-conflit. Ce fut le cas au Libéria, en Érythrée, en Angola, au Namibie, au Mozambique, en Sierra Léone, en Afrique du Sud, en Ouganda, etc. Les élections post-conflits sont ainsi considérées comme ayant une contribution importante dans la résolution des conflits civils et dans la consolidation de la paix.
Cependant, si empiriquement, il n'est pas de doute sur l'association positive entre élection et résolution des conflits, il reste vrai que les élections déclenchent parfois sinon souvent des conflits civils et des violences politiques graves. Ce fut le cas, entre autres, au Kenya, au Nigéria, au Lesotho, au Zimbabwe, en Côte d'Ivoire. Dans plusieurs pays africains, bien que les élections n'aient pas généré de violents conflits, elles ont tout de même été des périodes de « haute tension » socio-politique.
Le but de cette communication sera d'évaluer différentes approches sur les rapports entre élections et conflits afin d'identifier les conditions dans lesquelles les élections sont associées soit à la résolution ou soit au déclenchement des conflits civils.
L’examen de plusieurs États en Afrique amène à faire le constat de sociétés éclatées, sinon à « haute tension », dans lesquelles la cohésion demeure encore un souci majeur. Plusieurs États apparaissent comme des agrégats d’entités visiblement contraintes à vivre ensemble, et qui ne ménagent guère leurs efforts pour afficher leurs particularités. Aussi l’espace politique, lorsqu’il existe, se transforme-t-il en un terrain sur lequel ces différentes entités se concurrencent, parfois bruyamment, mettant en péril l’unité nationale. Particulièrement depuis le début des années 1990, avec la fin du patronage de Guerre Froide, le continent africain a vu éclater un nombre important de conflits civils qui se caractérisent par leur dimension régionale, par la multiplicité des protagonistes, belligérants ou non, par la diversité des motivations, économiques ou politiques, qui les sous-tendent, et par la brutalité des stratégies utilisées. Cette multiplicité des conflits en Afrique a suscité un fort intérêt dans la recherche académique où les hypothèses aussi nombreuses que contradictoires s’évertuent à rendre compte des dynamiques conflictuelles et de leur éventuelle spécificité africaine.
Ce colloque envisage moins de proposer de nouvelles hypothèses explicatives qu’une évaluation critique ainsi qu’un essai de typologie des nombreuses hypothèses concurrentes. Outre une contribution à la recherche académique sur les lumières et les ombres des analyses des conflits en Afrique, ce colloque entend également contribuer à une meilleure épistémologie ainsi qu’à une meilleure méthodologie de l’étude des conflits tout en prenant en compte les dynamiques des sociétés africaines ainsi que les enjeux géopolitiques et stratégiques de ces conflits.
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