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Xavier Moyet : UQAM - Université du Québec à Montréal
L'étude de la guérison (Meintel & Mossière, 2011) est au centre de ma recherche sur une Eglise d'origine nigériane au Canada. Elle va me permettre d'entrer en conversation avec le concept de conversion (Mossière, 2007) en utilisant pour les articuler le concept de « formation esthétique » qui met l'accent sur les modalités sensibles de la religion et sur le corps (Meyer, 2009).
Liées par l'aesthesis, guérison et conversion sont aussi cimentées par la pratique d'une langue, à l'interface du sens de l'audition et de la compréhension, à la fois signe et sens. Dans cet univers chrétien du Word of Faith, la Parole incarnée dans une langue est porteuse de pouvoir. Au commencement était le Verbe, fait écho à la notion d'Ase et confère un statut spécial à la « chose dite ». Ainsi, la langue sera ici envisagée à la fois comme dimension de l'identité religieuse et composante de l'identité « multi-ethnique ». L'étude va aussi déboucher sur une compréhension particulière de l'ethnicité dont on connaît la variabilité (Amselle & MBokolo, 1985, Meintel, 1993). Cette dernière est affectée d'au moins trois façons : par la confrontation avec les normes et les valeurs de la société d'accueil, par la redéfinition des frontières de la communauté chrétienne liée au déplacement spatial, mais aussi par la pratique d'une langue anglaise dont l'usage est paradoxalement renforcé dans un contexte francophone où elle sert à unir entre eux les membres du groupe.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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