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Rachel Nigro : Pontifícia Universidade Católica do Rio de Janeiro
Je propose d'ouvrir une discussion sur une nouvelle façon de comprendre le langage et ses implications pour l'éthique appliquée. Je présente d'abord Wilhelm von Humboldt comme le précurseur d'une conception du langage comme communication, puis, la radicalisation des conclusions de J.L. Austin (Speech Acts ou "Théorie des actes du langage"), faite par Jacques Derrida pour penser aussi la dimension dialogique - qui favorise un processus de construction intersubjective du sens - et 'itérable' du langage. Ainsi, l'autorité, la reconnaissance et la crédibilité du discours des philosophes et éthiciens passent par l'analyse de la force performative des actes de parole des intellectuels, i.e., de la nature de l'autorité du locuteur et du contexte de l'action selon la compréhension partagée par les sujets. Alors, inspirée de la lecture de Derrida, je propose une version de la pragmatique qui pense que la parole des philosophes engage une promesse et une responsabilité en demandant à l'autre de croire à cette déclaration sur parole. Prise comme une déclaration performative, une éthique pragmatique doit d'abord impliquer une réévaluation du discours sur l'éthique en tant que actes performatifs de professeurs d'éthique.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.