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Christian Lequesne : Sciences Po Paris
La France a le deuxième réseau d'ambassades et de consulats dans le monde après les États-Unis. Cette présence permet d'appuyer un travail de chancellerie, mais aussi un travail d'influence culturel, notamment via les services culturels des ambassades et les instituts français. Les ambassadeurs assurent traditionnellement en France le contrôle de la politique culturelle extérieure, montrant l'intervention directe de l'État central dans ce champ. Depuis 2009, un projet de séparer la politique culturelle des ambassades avec la création d'une agence -l'Institut français- sur le modèle des Goethe Institut et British Council, a été initié par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. L'Institut français a été créé dans une grande opposition des diplomates qui, sur fond de réduction générale des budgets, ont considéré être dépossédés d'un instrument important de leur influence. Le compromis a été la séparation dans un certain nombre de postes à titre expérimental. Le changement de majorité, suite à l'élection de François Hollande en 2012, pose la question d'un retour de la politique culturelle dans le giron complet du ministère des Affaires étrangères et européennes au détriment du modèle de l'agence. Cela pose la question du rapport particulier qui existe en France entre l'outil diplomatique et la politique culturelle extérieure.
Formant une dimension du soft power de la diplomatie publique, la diplomatie culturelle fait désormais intégralement partie de l’arsenal que le gouvernement québécois déploie dans ses échanges avec l’étranger. D’une part, il s’agit de ménager des sympathies politiques et d’entretenir une image forte du Québec à l’extérieur de ses frontières. D’autre part, il s’agit d’établir un climat de coopération qui puisse faciliter les partenariats avec le milieu de la culture, bien entendu, mais plus largement, de l’économie, de la finance et du savoir. Ce faisant, la diplomatie culturelle a toujours servi un triple objectif : solidifier les relations internationales du Québec d’un point de vue juridique et bureaucratique, établir des partenariats bénéfiques avec d’autres États, favoriser le plein épanouissement de l’identité collective du Québec.Bien développée, la diplomatie culturelle du Québec n’en est pas moins à un tournant, et ce, à plusieurs points de vue. En premier lieu, l’on commence à comprendre la nécessité de mieux distinguer la diplomatie culturelle proprement dite des relations culturelles internationales qui ont pris une expansion phénoménale avec l’accélération de la mondialisation, la facilitation des voyages et l’explosion d’Internet. En deuxième lieu, on sent une volonté de mieux articuler la diplomatie de premier ordre, exercée directement par les autorités gouvernementales responsables de la politique extérieure, et la diplomatie de second ordre qui est du ressort d’organismes privés ou parapublics. En troisième lieu, on cherche à arrimer davantage la diplomatie culturelle, historiquement associée à l’éducation et aux arts, à la science et à l’économie. Tout cela, bien sûr, dans un contexte de restriction budgétaire et de compétitivité accrue dans un monde globalisé.
Le colloque La diplomatie publique et culturelle de demain: nouvelles stratégies pour de nouveaux défis entend réfléchir sur les orientations que devrait prendre la diplomatie culturelle et publique québécoise en regard de ce que d’autres pays font pour promouvoir leur culture et accroître ainsi leur attractivité, mais aussi pour promouvoir leur vision du monde et influencer ainsi les choix et décisions qui s’imposent pour relever les défis soulevés par certains enjeux mondiaux. Comment comprendre que bon nombre des pays qui ont consacré des efforts importants à leur diplomatie culturelle depuis la fin de la 2e guerre mondiale, notamment la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne, maintiennent ces efforts malgré une conjoncture budgétaire difficile? Qu’en est-il de la place et de l’importance que les gouvernements canadien et québécois, dans le cadre de leur politique extérieure, comptent accorder à la diplomatie culturelle et publique? Quels devraient être les chantiers prioritaires pour les années à venir? Voilà autant de questions qui seront soulevées lors du colloque La diplomatie publique et culturelle de demain: nouvelles stratégies pour de nouveaux défis.