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Martin Movilla : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les combats, la violence, l'espoir, les victimes et les coupables du conflit colombien ont été abondamment couverts dans la presse nationale, mais plusieurs mythes faussent la lecture de la réalité, comme s'il y avait deux pays, un virtuel et un réel, qui se ressemblent, mais n'ont pas la même essence.
La responsabilité de la désinformation, la manipulation et la propagande revient aux médias colombiens et aux acteurs du conflit qui utilisent la presse pour véhiculer leurs idées et agendas politiques. Il y a aussi le « syndrome de Stockholm » de certains journalistes qui finissent par adhérer au discours de leurs sources, devenant un simple transmetteur de leurs idées et objectifs.
Enfin, s'il n'y a pas de censure en Colombie, l'autocensure et l'imposition d'un discours majoritaire contre les défenseurs des droits de la personne, des politiciens et ceux qui osent critiquer les détenteurs du pouvoir, règnent. Ainsi, les médias ont éliminé le concept de conflit armé interne pour affirmer il n'y a pas de guerre politique, que la guérilla ne défend pas d'idées et qu'elle est seule source des problèmes nationaux. Or la propriété des médias revient aux grands groupes économiques qui négocient avec l'État, financent des présidents, des gouverneurs, des députés, et, parfois, des groupes armés illégaux. Comment parler alors de presse libre si les médias sont à ce point mêlés dans le conflit, couvrant la distribution, la réalisation et la production de l'information sur la réalité nationale?
Le traitement médiatique de l’actualité internationale par les principales agences de presse (AFP, Associated Press, Reuters et Xinhua) et les grands médias internationaux (BBC, CNN, Fox News ou Al-Jazeera) fait souvent débat depuis plusieurs décennies aussi bien dans le milieu universitaire que dans l’opinion publique. La question du déséquilibre des flux d’informations et des manipulations médiatiques est un débat que l’on peut qualifier d’ancien (cf. Rapport Mac Bride) même si cette situation est encore d’actualité. La dernière décennie, à l’instar des précédentes, a vu les médias accorder une place importante à un certain nombre de conflits. Outre l’éternelle crise israélo-palestinienne, les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan et en Irak, la situation en Colombie et plus récemment le printemps arabe ont occupé une place importante dans l’actualité internationale. La nouvelle politique interventionniste de certains États sous le couvert de l’ONU (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie) a également été diversement interprétée. À l’ère des technologies émergentes, les grands médias traditionnels doivent faire face à la concurrence d’une nouvelle génération de journalistes-citoyens et des réseaux sociaux. Avec Internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.), on observe une diversité importante des sources d’information.
Cette diversification des sources d’information a-t-elle un impact sur la qualité du traitement de l’actualité internationale ? Contribue-t-elle au rééquilibrage des flux d’information? Peut-elle influencer la perception qu’a l’opinion publique des peuples « autres » mis en scène par les médias? Comment les populations touchées par ces conflits interprètent-elles le traitement qui en est fait? Quelles sont les conséquences du traitement de l’actualité internationale par les grands médias internationaux sur les rapports interculturels? Quelles sont les nouvelles formes de manipulations médiatiques que l’on observe?