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Louis Wiart : Université Sorbonne Paris Nord
Les réseaux socionumériques réactivent la pratique des clubs de lecture en lui conférant visibilité et envergure. Des sites proposent aux lecteurs des espaces de communication en ligne qui leur sont dédiés et sur lesquels ils peuvent interagir en fonction de leurs goûts. Au sein de ces sites, la mise en visibilité des pratiques de lecture et leur inscription dans un modèle relationnel conduisent à valoriser la consommation littéraire (prescription de la consommation), tout en stimulant la participation (prescription de l'action). L'internaute est encouragé à lire et à partager autourde ses lectures, ces activités étant amenées à s'alimenter. Nous avons mené une étude sur trois réseaux de lecteurs francophones importants (Babelio, Booknode et Libfly) en prêtant attention aux modalités de déploiement de la participation (outils, fonctionnalités, dispositifs) eten recueillant lestraces d'usageà l'aide d'outils statistiques. Nous constatons que laparticipation sur les réseaux delecteurs est peu engageante. Si cesréseaux prescrivent dans leurs dispositifs beaucoup d'usages, ce sont essentiellement ceux requérant le moins d'effortqui se traduisent par de l'activité, entre autres parce que l'attention est hyperconcentréesur une poignée de titres.Ceci va à rebours de deux éléments de discours souvent véhiculés par les entrepreneurs du Web : celui qui considère que les lecteurs sont fortement impliqués, et celui avançant que les réseaux constituent des vecteurs de diversité littéraire.
Ce colloque s’intéresse aux multiples manières par lesquelles les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) modifient l’accès à la culture. Plus particulièrement, il cherche à identifier l’évolution des relations entre formation du goût et dispositifs de prescription ou de recommandation, compte tenu de l’émergence de nouveaux réseaux sociaux dans leurs dimensions tout autant interactives que technologiques. La recherche sociologique a pris acte depuis plus d’une quarantaine d’années de la démultiplication des rapports à la culture et la montée de l’éclectisme en matière de passion et d’intérêt culturel. Le numérique est venu à la fois renforcer et problématiser ces phénomènes. La multiplication des contenus oblige en effet à des processus poussés d’éditorialisation, ce qui tend à accentuer plutôt qu’à éliminer les logiques et dispositifs de prescription (recommandation, découverte, évaluation et classement). Filtres et relais culturels se reconfigurent, posant de la sorte à nouveaux frais la question des rapports de force et des inégalités au sein du champ culturel. Qu’advient-il du jugement et de la critique au sein d’une culture marquée par la montée des « prosommateurs » et où se brouillent les frontières conventionnelles entre professionnels et amateurs? Qu’en est-il du rôle de prescription des groupes de pairs au sein des nouvelles communautés virtuelles? Qui sont et que font ces nouveaux tastemakers et gatekeepers de l’ère numérique : agrégateurs et sites de recommandation de toutes sortes? Comment favorisent-ils un accès différencié à l’information et aux contenus culturels? Les modes opératoires des nouveaux prescripteurs étant conditionnés par l’architecture des sites Internet (interface et algorithmes), dans quelle mesure ces nouvelles « lois » de programmation agissent-elles comme filtres?