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Daniela Moisa : Université de Montréal
La communauté orthodoxe de Rawdon est composée de deux groupes de fidèles : les orthodoxes slavophones, issus de l'immigration et les convertis, dans leur grande majorité des Québécois ex-catholiques, d'expression française. Bien que tout le monde s'y réunisse pour pratiquer une religion commune, la cohabitation n'est pas facile. Au cœur des frictions se trouve la revendication d'une identité dite « authentique » qui dépasse le religieux et qui touche à l'ethnicité et au culturel. Tandis que, pour les orthodoxes, la religion est inséparable d'une tradition culturelle, pour les convertis « la religion n'est pas la culture ». Mais alors, qu'est-ce qu'« être une vrai orthodoxe » pour les convertis ? En répondant à cette question, nous réfléchirons au rôle de l'identité culturelle et ethnique dans la reconnaissance et dans l'intégration des convertis au sein du groupe religieux choisi.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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