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L'accompagnement d'une personne en grande vulnérabilité : l'humain comme être autonome et comme être vulnérable

LB

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Louis Bourdages : Cégep de Rimouski

Résumé de la communication

L'accompagnement d'une personne en grande vulnérabilité, particulièrement une personne ayant une déficience intellectuelle profonde, nous rappelle le vrai sens de l'humain et que, derrière le handicap, il y a une personne à part entière. C'est aussi une invitation à questionner la conception que nous avons de nous-mêmes, à regarder la vulnérabilité non pas comme une image de faiblesse ou de considérer le handicap uniquement comme déficience, mais comme une avenue utile et positive, à partir de ce que la personne est capable de faire et d'être (Nussbaum, 2008). Le handicap n'équivaut pas à l'absence de possibilité, puisque tout n'est pas handicapé dans le handicap. Il devient donc important de prendre une posture éthique qui intègre la vulnérabilité dans l'intention et l'agir professionnel de même qu'une conception de la liberté. La vulnérabilité doit devenir une matière première, une conception de l'humain qui s'appuie sur la valorisation des individus qui n'est pas pensées à partir de leurs privations, mais à partir de leur mode d'être (Pelluchon, 2009).

Ma réflexion éthique s'appuya sur mon expérience clinique auprès des personnes polyhandicapées, ainsi que sur l'approche des capabilités de Nussbaum. S'ajoute à cela une critique de l'anthropologie de la modernité qui met l'accent sur les capacités rationnelles en développant une argumentation qui insiste sur un double statut de l'humain : comme être autonome et comme être vulnérable (Maillard, 2011).

Résumé du colloque

L’évolution des sociétés vers la démocratie et la reconnaissance des droits humains fondamentaux, particulièrement au cours des soixante dernières années, auront contribué à une certaine évolution dans les attitudes et le regard sur les personnes en situation de vulnérabilité.

La reconnaissance de droits pour les personnes vulnérables est en principe une reconnaissance de la personne-sujet, une reconnaissance de la personne à part entière, dans sa dignité et dans sa pleine « humanitude ». Mais, dans les faits, la reconnaissance de droits n’implique pas nécessairement un engagement empathique envers autrui et n’induit pas automatiquement un élan de compassion et de sollicitude pour l’être humain derrière la maladie ou le handicap. Ce manque de sensibilité envers autrui se traduit souvent dans une certaine froideur, se transformant en une rigidité et un manque d’attention envers les particularités de cet être. Le manque de reconnaissance de l’humain par l’humain laisse place au développement d’une structure hiérarchique de pouvoir, mais peu d’espace pour la parole de la personne vulnérable.

Peut-on concevoir une éthique qui laisse plus de place au domaine de la sensibilité, pouvant se transformer en attitude et en bienfaisance dans une complémentarité avec les éthiques davantage axées sur les droits et sur les normes ? Pouvons-nous adopter une posture ou une position éthique basée à la fois sur des valeurs comme la compassion et la sollicitude, en complémentarité avec des valeurs comme l’égalité et la justice sociale ? C’est ainsi que les personnes en situation de vulnérabilité pourront développer une certaine autonomie à partir de leur propre potentiel et de ce qui est vivant en chacune d’elle. C’est peut-être à ce moment que le dialogue prendra place et que la parole des personnes vulnérables sera enfin entendue.

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
section icon Date : 8 mai 2013

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