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Diane Léger : UQAR - Université du Québec à Rimouski
L'étude des pratiques psychosociales propose le développement d'une posture de recherche-formation susceptible de créer des ponts entre une éthique de la sollicitude et une éthique normative chez les praticiens œuvrant en santé et en relations humaines. En effet, l'étude des pratiques, telle qu'elle est qu'entendue ici, s'appuie sur le développement de compétences attentionnelles, perceptives, réflexives et dialogiques à partir de l'expérience telle qu'elle a été vécue. Elle vise une mise sens et une mise en forme de sa pratique et de son identité au sein d'un groupe de recherche-formation. Les questions du rapport à soi, à l'autre et aux contextes de pratique sont au cœur des terrains de questionnement, de réflexion, de dialogue et deviennent sources de sens, de connaissance, de soin, de formation et de renouvellement des pratiques, notamment sur le plan du souci éthique. En plaçant les praticiens au cœur des tensions du triangle du « je-tu-il » évoqué par Ricœur (1985), avec les promesses qui s'y jouent, ce travail place les conditions de développement d'une sollicitude ancrée dans l'expérience du sujet œuvrant auprès d'autres sujets dans des espaces institutionnels. Quelques conditions pédagogiques propres à ce travail seront ici présentées.
L’évolution des sociétés vers la démocratie et la reconnaissance des droits humains fondamentaux, particulièrement au cours des soixante dernières années, auront contribué à une certaine évolution dans les attitudes et le regard sur les personnes en situation de vulnérabilité.
La reconnaissance de droits pour les personnes vulnérables est en principe une reconnaissance de la personne-sujet, une reconnaissance de la personne à part entière, dans sa dignité et dans sa pleine « humanitude ». Mais, dans les faits, la reconnaissance de droits n’implique pas nécessairement un engagement empathique envers autrui et n’induit pas automatiquement un élan de compassion et de sollicitude pour l’être humain derrière la maladie ou le handicap. Ce manque de sensibilité envers autrui se traduit souvent dans une certaine froideur, se transformant en une rigidité et un manque d’attention envers les particularités de cet être. Le manque de reconnaissance de l’humain par l’humain laisse place au développement d’une structure hiérarchique de pouvoir, mais peu d’espace pour la parole de la personne vulnérable.
Peut-on concevoir une éthique qui laisse plus de place au domaine de la sensibilité, pouvant se transformer en attitude et en bienfaisance dans une complémentarité avec les éthiques davantage axées sur les droits et sur les normes ? Pouvons-nous adopter une posture ou une position éthique basée à la fois sur des valeurs comme la compassion et la sollicitude, en complémentarité avec des valeurs comme l’égalité et la justice sociale ? C’est ainsi que les personnes en situation de vulnérabilité pourront développer une certaine autonomie à partir de leur propre potentiel et de ce qui est vivant en chacune d’elle. C’est peut-être à ce moment que le dialogue prendra place et que la parole des personnes vulnérables sera enfin entendue.
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