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Danielle Gratton : Université de Montréal
Toute rencontre interculturelle se réalise dans un contexte particulier qui rend possible des contacts entre des personnes issues de traditions et de savoirs différents. Une question se pose alors : Quelle est la trajectoire des idées qui sont échangées au cœur de rencontres significatives ? Nous savons que Kalpana Das de l'Institut Interculturel de Montréal, une immigrante, et Margalit Cohen Émérique, une consultante française qui a fait plusieurs aller-retour entre la France et le Québec, ont eu un impact majeur sur l'institutionnalisation de cette problématique au Québec. Si l'on peut voir le dialogue comme un contexte où le soi représente sa culture à l'Autre, qu'est-ce que les acteurs sociaux québécois de cette époque ont mis dans cette représentation ? Cette présentation vise à situer l'apport de Das et de Cohen Émérique dans le développement et l'institutionnalisation des approches de gestion de la diversité au dans le réseau de la santé et au niveau politique. Das insisté sur l'importance de reconnaître que c'est en premier sur leurs savoirs venus de leur pays d'origine que les immigrants s'appuient pour faire les adaptations exigées par les nouveaux environnements physiques et humains. En s'intéressant à la question autochtone, elle a aussi tenté de faire reconnaître l'importance de ce savoir dans la construction des sociétés canadiennes et québécoises.
Depuis quelques années, le mot « interculturalisme » connaît un regain d’intérêt au Québec. S’agit-il d’une nouvelle idéologie politique québécoise ou bien d’un réaménagement terminologique de certaine idéologie opposant sans doute indûment le Québec au reste du Canada et, dans une autre mesure, les immigrants aux Québécois « de souche » ?
Il nous importe de noter tout de suite que, comme toute société issue de l’immigration, le Québec a toujours composé avec les dynamiques interculturelles. D’où l’inquiétude épistémologique que suscite le recyclage du mot et, partant, la réalité de l’interculturel, dans le sens du nouveau mythe fondateur du Québec.
En effet, dans un texte récent au sujet de l’interculturalisme, l’historien et sociologue Gérard Bouchard donne l’impression que l’interculturalisme, malgré quelques flous autour de sa définition, serait l’objet d’un certain consensus, et pas seulement dans le milieu académique (2010 : 2). Mais de quel interculturalisme parle-t-on exactement ? Cette question se pose au sujet de la série d’activités qui visaient à définir la notion d'interculturalisme, visiblement dans l’optique d’articuler un modèle québécois de gestion de la diversité culturelle (voir http://www.symposium-interculturalisme.com/1/accueil/fr), suite au rapport final de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (La commission Bouchard-Taylor).
Le risque d’instrumentalisation du terme est ici patent. À ce seul titre, nous nous croyons fondés de proposer une lecture alternative de la « généalogie » du terme et de ses assertions dans le contexte québécois contemporain. Dans le cadre de ce colloque nous proposons une réflexion sur l’interculturalisme qui serait capable d'intégrer non seulement des données théoriques mais aussi des éléments sociohistoriques afin d’interroger la réalité interculturelle du Québec d’aujourd’hui.
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