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Nancy Leclerc
Le bouddhisme tibétain continue de prendre de l'expansion en Occident, de s'enraciner dans cette culture et se transformer. La compréhension de ce phénomène passe, entre autres, par la perspective de transplantation des traditions asiatiques, d'adaptation des modèles religieux orientaux et de la confrontation de la société québécoise et occidentale sur le plan culturel, notamment. Nous avons choisi d'étudier la culture par la pratique bouddhiste d'un temple implanté par des moines tibétains avec l'aval du Dalaï-lama. Ce temple abrite le canon bouddhique tibétain, il est également le lieu de résidence des moines et l'endroit où des pratiquants tibétains, vietnamiens et québécois affluent. Nos résultats préliminaires suggèrent que ces groupes de pratiquants se distinguaient eu égard à leur pratique : les pratiquants tibétains s'intéressaient davantage aux célébrations et aux coutumes qu'aux enseignements et aux rituels, alors que les pratiquants vietnamiens et les pratiquants québécois trouvaient important les enseignements et avaient une fréquentation régulière au temple. Les pratiques du temple subissent également certains changements influencés, entre autres, par les origines des pratiquants. Nous dégagerons donc la culture de la pratique commune du temple bouddhiste selon la perception des pratiquants de leur propre pratique bouddhiste, de la pratique bouddhiste d'autrui et de leurs transformations au contact du bouddhisme et d'autres pratiquants de différentes origines.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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