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Milena Pandy : University of Toronto
Une des caractéristiques de plusieurs États africains est qu'ils présentent une véritable multiplicité des langues. En plus des langues autochtones, les langues des anciennes puissances coloniales – qui, maintenant, servent souvent de langues officielles – ajoutent encore plus de complexité. Comment cette hétérogénéité linguistique influence-t-elle les conflits civils sur le continent africain?
Il existe plusieurs théories qui visent à expliquer les conflits ethniques en Afrique. Mais ces approches sont-elles utiles pour expliquer les conflits politiques qui émergent autour des enjeux de la langue et des politiques linguistiques? Malheureusement, dans la littérature actuelle, la langue est souvent vue simplement comme un marqueur ethnique (cf. Fearon & Laitin 1996), et donc n'est étudiée qu'en tant que cause des conflits ethniques.
Cette communication vise à déterminer si les désaccords autour de la politique linguistique doivent être vus comme une cause des conflits, ou davantage comme un symptôme des conflits provoqués par d'autres facteurs. Elle examine les interactions entre la langue et d'autres facteurs : l'équilibre des pouvoirs entres différents groupes, la marginalisation politique et économique, l'accès aux ressources, et le passé colonial, entre autres. Je soutiens que la politique linguistique devient un axe de conflit quand, à cause de l'histoire et les processus politiques, elle sert de symbole qui représente le contrôle de l'État et l'accès au pouvoir.
L’examen de plusieurs États en Afrique amène à faire le constat de sociétés éclatées, sinon à « haute tension », dans lesquelles la cohésion demeure encore un souci majeur. Plusieurs États apparaissent comme des agrégats d’entités visiblement contraintes à vivre ensemble, et qui ne ménagent guère leurs efforts pour afficher leurs particularités. Aussi l’espace politique, lorsqu’il existe, se transforme-t-il en un terrain sur lequel ces différentes entités se concurrencent, parfois bruyamment, mettant en péril l’unité nationale. Particulièrement depuis le début des années 1990, avec la fin du patronage de Guerre Froide, le continent africain a vu éclater un nombre important de conflits civils qui se caractérisent par leur dimension régionale, par la multiplicité des protagonistes, belligérants ou non, par la diversité des motivations, économiques ou politiques, qui les sous-tendent, et par la brutalité des stratégies utilisées. Cette multiplicité des conflits en Afrique a suscité un fort intérêt dans la recherche académique où les hypothèses aussi nombreuses que contradictoires s’évertuent à rendre compte des dynamiques conflictuelles et de leur éventuelle spécificité africaine.
Ce colloque envisage moins de proposer de nouvelles hypothèses explicatives qu’une évaluation critique ainsi qu’un essai de typologie des nombreuses hypothèses concurrentes. Outre une contribution à la recherche académique sur les lumières et les ombres des analyses des conflits en Afrique, ce colloque entend également contribuer à une meilleure épistémologie ainsi qu’à une meilleure méthodologie de l’étude des conflits tout en prenant en compte les dynamiques des sociétés africaines ainsi que les enjeux géopolitiques et stratégiques de ces conflits.
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