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Valéry Valery.giroux@umontreal.ca : Université de Montréal
L'homme utilise d'innombrables animaux pour son bénéfice, de manières qui paraîtraient scandaleuses s'il s'agissait d'êtres humains. Or, depuis Aristote, nous admettons que, pour traiter des individus de manières distinctes, il faut pouvoir identifier une différence entre eux qui justifie la différence de traitement. Opérer une discrimination injustifiée en fonction de l'espèce relèverait du spécisme et serait moralement aussi condamnable que racisme et le sexisme. S'il est souvent approprié de distinguer entre l'homme et les autres animaux, certaines discriminations soulèvent pourtant des problèmes moraux sérieux. Selon l'approche abolitionniste, aucune raison moralement valable ne permet de justifier la discrimination faite en fonction de l'espèce, qui mène au refus d'accorder le statut moral et légal de personne à tous les êtres conscients. Je cherche à démontrer que, en raison de leurs intérêts communs à ne pas souffrir, à vivre et à vivre librement, tous les êtres sensibles devraient également bénéficier des droits les plus fondamentaux que sont le droit de ne pas être torturé, le droit de ne pas être tué et le droit de ne pas être asservi. Par conséquent, les êtres humains devraient renoncer à toute forme d'exploitation institutionnalisée des animaux sensibles et adhérer au véganisme.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.