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Céline Boissonneault : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les procréations médicalement assistées offrent une option supplémentaire aux couples désirant concevoir un enfant et fonder une famille. La fécondation in vitro, au delà de la performance technoscientifique qu'elle était à ses commencements, est devenue une technique palliative de la stérilité tout en ouvrant la voie à des possibilités inédites dans l'histoire de l'humanité : concevoir hors sexualité, avoir accès au bagage génétique de l'enfant à naître avec les choix d'avortement ou d'intervention génétique qui l'accompagnent. Le regard posé sur la création d'un enfant renvoie ici à un cadre normatif reposant essentiellement sur un paradigme technique et médical. Or, la conception d'un enfant naît aussi d'un désir profondément enraciné dans la relation humaine, ce qui impose une réflexion sur l'accompagnement des couples en démarche de procréation médicalement assistée. À travers l'œuvre de Hannah Arendt (1961) et notamment sa conceptualisation du travail, de l'œuvre et de l'action, nous chercherons à penser l'apport de la pensée phénoménologique et existentielle à l'encadrement des nouvelles technologies de reproduction, entre cadre légal et place donnée à l'humain.
L’évolution des sociétés vers la démocratie et la reconnaissance des droits humains fondamentaux, particulièrement au cours des soixante dernières années, auront contribué à une certaine évolution dans les attitudes et le regard sur les personnes en situation de vulnérabilité.
La reconnaissance de droits pour les personnes vulnérables est en principe une reconnaissance de la personne-sujet, une reconnaissance de la personne à part entière, dans sa dignité et dans sa pleine « humanitude ». Mais, dans les faits, la reconnaissance de droits n’implique pas nécessairement un engagement empathique envers autrui et n’induit pas automatiquement un élan de compassion et de sollicitude pour l’être humain derrière la maladie ou le handicap. Ce manque de sensibilité envers autrui se traduit souvent dans une certaine froideur, se transformant en une rigidité et un manque d’attention envers les particularités de cet être. Le manque de reconnaissance de l’humain par l’humain laisse place au développement d’une structure hiérarchique de pouvoir, mais peu d’espace pour la parole de la personne vulnérable.
Peut-on concevoir une éthique qui laisse plus de place au domaine de la sensibilité, pouvant se transformer en attitude et en bienfaisance dans une complémentarité avec les éthiques davantage axées sur les droits et sur les normes ? Pouvons-nous adopter une posture ou une position éthique basée à la fois sur des valeurs comme la compassion et la sollicitude, en complémentarité avec des valeurs comme l’égalité et la justice sociale ? C’est ainsi que les personnes en situation de vulnérabilité pourront développer une certaine autonomie à partir de leur propre potentiel et de ce qui est vivant en chacune d’elle. C’est peut-être à ce moment que le dialogue prendra place et que la parole des personnes vulnérables sera enfin entendue.