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Jean-Philippe Gauthier : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Ma pratique de formateur dans les programmes de psychosociologie de l'UQAR cherche à favoriser le développement de compétences relationnelles indispensables pour les métiers d'accompagnement en relations humaines (St-Arnaud, 1999). Comment œuvrer pour l'émergence d'une éthique de l'accompagnement où la sensibilité fonde le rapport à soi et à l'autre pour faire face adéquatement aux défis inattendus de nos existences? Pour Bertrand (2005), l'attitude à déployer réside dans une qualité d'observation et d'attention. Un certain usage de la pensée ne doit pas empêcher le sujet d'entrer profondément en relation de perception avec la réalité telle qu'elle lui apparaît. Il propose une conversion du regard, une invitation à puiser à même les profondeurs de notre sensibilité afin que nos croyances et nos conditionnements ne nous empêchent pas d'accéder à une intelligence impersonnelle capable de nous rendre créateur dans notre rapport à soi, aux autres et au monde. Une telle éthique de l'immanence résonne avec l'œuvre de Misrahi (2011) portant sur la conversion existentielle du sujet. Sujet intellectuel de la connaissance, l'individu est également sujet de son désir, de ce «mouvement charnel et conscient qui poursuit la réalisation d'une signification librement posée comme telle et constituée comme valeur désirable» (2011, p.74). Misrahi balise un chemin de liberté réciproque possible si l'autre aussi est considéré comme sujet précieux et centre d'initiatives créatrices.
L’évolution des sociétés vers la démocratie et la reconnaissance des droits humains fondamentaux, particulièrement au cours des soixante dernières années, auront contribué à une certaine évolution dans les attitudes et le regard sur les personnes en situation de vulnérabilité.
La reconnaissance de droits pour les personnes vulnérables est en principe une reconnaissance de la personne-sujet, une reconnaissance de la personne à part entière, dans sa dignité et dans sa pleine « humanitude ». Mais, dans les faits, la reconnaissance de droits n’implique pas nécessairement un engagement empathique envers autrui et n’induit pas automatiquement un élan de compassion et de sollicitude pour l’être humain derrière la maladie ou le handicap. Ce manque de sensibilité envers autrui se traduit souvent dans une certaine froideur, se transformant en une rigidité et un manque d’attention envers les particularités de cet être. Le manque de reconnaissance de l’humain par l’humain laisse place au développement d’une structure hiérarchique de pouvoir, mais peu d’espace pour la parole de la personne vulnérable.
Peut-on concevoir une éthique qui laisse plus de place au domaine de la sensibilité, pouvant se transformer en attitude et en bienfaisance dans une complémentarité avec les éthiques davantage axées sur les droits et sur les normes ? Pouvons-nous adopter une posture ou une position éthique basée à la fois sur des valeurs comme la compassion et la sollicitude, en complémentarité avec des valeurs comme l’égalité et la justice sociale ? C’est ainsi que les personnes en situation de vulnérabilité pourront développer une certaine autonomie à partir de leur propre potentiel et de ce qui est vivant en chacune d’elle. C’est peut-être à ce moment que le dialogue prendra place et que la parole des personnes vulnérables sera enfin entendue.
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