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Jorge Frozzini : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi
Lors des travaux de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, mieux connue sous le nom de la Commission Bouchard-Taylor (2007-2008), une grande partie de la population de la province du Québec (Canada) entend parler pour la première fois de diverses politiques destinées à régir les rapports interculturels. C'est lors des travaux de cette Commission que l'interculturalisme est sanctionné comme le modèle le mieux adapté à la société québécoise. Une lecture critique des discours présents lors des travaux de la Commission permet de comprendre comment une vision particulière de l'interculturalisme est mise de l'avant et comment elle influence la rencontre de l'autre. En effet, la définition de l'interculturalisme favorise une visée politique qui, indirectement, permet la hiérarchisation des citoyens (la majorité canadienne-française est privilégiée) et des discours (l'interculturalisme est préférable au multiculturalisme) et façonne donc la représentation du dialogue interculturel qui n'en est pas un d'égal à égal à l'intérieur de ces paramètres. Finalement, nous avançons que ces orientations réduisent les possibilités en ce qui a trait aux divers trajets que pourrait prendre la société et contribuent au maintient d'une relation de pouvoir propice à la gestion de l'espace national.
Depuis quelques années, le mot « interculturalisme » connaît un regain d’intérêt au Québec. S’agit-il d’une nouvelle idéologie politique québécoise ou bien d’un réaménagement terminologique de certaine idéologie opposant sans doute indûment le Québec au reste du Canada et, dans une autre mesure, les immigrants aux Québécois « de souche » ?
Il nous importe de noter tout de suite que, comme toute société issue de l’immigration, le Québec a toujours composé avec les dynamiques interculturelles. D’où l’inquiétude épistémologique que suscite le recyclage du mot et, partant, la réalité de l’interculturel, dans le sens du nouveau mythe fondateur du Québec.
En effet, dans un texte récent au sujet de l’interculturalisme, l’historien et sociologue Gérard Bouchard donne l’impression que l’interculturalisme, malgré quelques flous autour de sa définition, serait l’objet d’un certain consensus, et pas seulement dans le milieu académique (2010 : 2). Mais de quel interculturalisme parle-t-on exactement ? Cette question se pose au sujet de la série d’activités qui visaient à définir la notion d'interculturalisme, visiblement dans l’optique d’articuler un modèle québécois de gestion de la diversité culturelle (voir http://www.symposium-interculturalisme.com/1/accueil/fr), suite au rapport final de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (La commission Bouchard-Taylor).
Le risque d’instrumentalisation du terme est ici patent. À ce seul titre, nous nous croyons fondés de proposer une lecture alternative de la « généalogie » du terme et de ses assertions dans le contexte québécois contemporain. Dans le cadre de ce colloque nous proposons une réflexion sur l’interculturalisme qui serait capable d'intégrer non seulement des données théoriques mais aussi des éléments sociohistoriques afin d’interroger la réalité interculturelle du Québec d’aujourd’hui.
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