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Stéphane LABBÉ : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
L'émergence du numérique au sein de l'industrie québécoise du livre aura stimulé, voire réactivé, les processus de l'intermédiation, de la désintermédiation et de la réintermédiation. Ces processus peuvent avoir des impacts sur les formes de prescription, notamment la sélection éditoriale de l'éditeur, comme sur le rôle même des acteurs de la chaîne du livre en termes de prescription, notamment celui du libraire. À l'heure où toute la chaîne du livre réfléchit sa propre structure afin de répondre à l'émergence du numérique, il importe d'identifier les formes de prescription et les rôles des acteurs à cet égard, et d'observer les processus d'intermédiation, de désintermédiation et de réintermédiation dans l'objectif de mieux comprendre leurs éventuels impacts sur les formes de prescription du livre et sur les rôles des acteurs impliqués.
Ce colloque s’intéresse aux multiples manières par lesquelles les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) modifient l’accès à la culture. Plus particulièrement, il cherche à identifier l’évolution des relations entre formation du goût et dispositifs de prescription ou de recommandation, compte tenu de l’émergence de nouveaux réseaux sociaux dans leurs dimensions tout autant interactives que technologiques. La recherche sociologique a pris acte depuis plus d’une quarantaine d’années de la démultiplication des rapports à la culture et la montée de l’éclectisme en matière de passion et d’intérêt culturel. Le numérique est venu à la fois renforcer et problématiser ces phénomènes. La multiplication des contenus oblige en effet à des processus poussés d’éditorialisation, ce qui tend à accentuer plutôt qu’à éliminer les logiques et dispositifs de prescription (recommandation, découverte, évaluation et classement). Filtres et relais culturels se reconfigurent, posant de la sorte à nouveaux frais la question des rapports de force et des inégalités au sein du champ culturel. Qu’advient-il du jugement et de la critique au sein d’une culture marquée par la montée des « prosommateurs » et où se brouillent les frontières conventionnelles entre professionnels et amateurs? Qu’en est-il du rôle de prescription des groupes de pairs au sein des nouvelles communautés virtuelles? Qui sont et que font ces nouveaux tastemakers et gatekeepers de l’ère numérique : agrégateurs et sites de recommandation de toutes sortes? Comment favorisent-ils un accès différencié à l’information et aux contenus culturels? Les modes opératoires des nouveaux prescripteurs étant conditionnés par l’architecture des sites Internet (interface et algorithmes), dans quelle mesure ces nouvelles « lois » de programmation agissent-elles comme filtres?