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Amélie Puzenat : Université catholique de l'Ouest
Entrer dans l'islam, et plus précisément dans le renouveau islamique, pour de jeunes femmes « françaises » c'est non seulement s'inscrire dans un nouveau groupe religieux, mais c'est aussi franchir une frontière ethnique et composer avec. Cette communication propose de voir en quoi le recours au renouveau islamique permet de redéfinir la place de femmes « françaises » converties à l'islam au sein de couples mixtes et de leur belle-famille étrangère et/ou immigrée. En bricolant à partir de différents registres de croyance et d'appartenance, l'adhésion à ce type d'islam permet à ces femmes de « se faire entendre » sans pour autant s'assimiler aux normes et pratiques perçues comme traditionnelles, jusqu'à produire une hiérarchisation des (supposées) différences ethniques. A travers l'étude de rituels organisés par ces femmes converties (mariage, célébration de l'Aïd, cérémonie d'entrée des enfants dans la religion et circoncision), nous insisterons sur la production de nouvelles formes religieuses de « l'entre-deux », propres aux femmes musulmanes par conversion.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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