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Daniel Weinstock : Université de Montréal
Il s'agira de développer deux points quant au rôle que peut remplir un discours proprement philosophique dans les débats de politiques publiques. Je prendrai comme point de départ la position de Jonathan Wolff selon laquelle au-delà de la formulation de grands principes, la philosophie doit céder le pas devant des sciences sociales empiriques. Je concéderai l'importance de tenir compte des résultats les plus fiables de ces disciplines, mais je défendrai néanmoins contre Wolff l'Idée que la philosophie a un rôle à remplir jusque dans les détails les plus fins des décisions de politiques, puisqu'elle est en mesure notamment de faire ressortir les principes qui sous-tendent même les décisions relevant de détails de politiques, d'évaluer la cohérence ou l'incohérence de choix dans un domaine par rapport à ceux qui ont déjà été effectués dans d'autres domaines, et ainsi de suite. Je terminerai en proposant des principes permettant une saine alliance entre discours philosophique et sciences sociales.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.